Perte de poids et troubles du comportement alimentaire (TCA): conseils avant de s'engager dans un suivi diététique

 

Article rédigé par Georges Barbey, psychologue psychothérapeute à Saint-Ouen.

 

En tant que psychologue clinicien et psychothérapeute, je peux accompagner toute personne désirant perdre, maintenir ou rétablir son poids, que ce soit pour traiter des problèmes de boulimie, d’anorexie et d’hyperphagie (fait de manger en trop grosses quantités, qui conduit au surpoids ou à l’obésité mais sans nécessairement qu’il y ait présence de crises de boulimie). Avant de reprendre ces trois points dans l’ordre, précisons la méthode que je propose concernant les troubles du comportement alimentaire, et en quoi elle est plus complète qu’un suivi diététique isolé.

 

Alors que je pratique des psychothérapies plus strictement inspirées de la psychanalyse pour les autres motifs de consultation, en ce qui concerne les troubles du comportement alimentaire je propose une thérapie intégrant différentes approches : du coaching, de l’éducation en matière de nutrition, de la naturopathie et de la psychanalyse.

 

Concernent l’abord plus psychanalytique, est proposé aux patients qui souhaitent s’engager plus strictement dans cette voie un travail de fond, d’approfondissement des problématiques psychologiques sous-jacentes entravant la perte de poids. En effet il n’est pas rare que derrière l’hyperphagie ou les compulsions alimentaires se cachent des angoisses dont l’individu n’est pas toujours conscient et qu’il cherche à maitriser ou à ignorer en se remplissant : les sensations liées à la nourriture sont souvent tellement fortes que pendant quelques instants ils oublient tout le reste, tous leurs soucis. Il faut, pour comprendre quelles sont ces angoisses, remontrer aux causes, qui se situent dans le présent ou dans le passé (en général les deux en même temps : des événements présents sont vécus douloureusement car ils font écho à des blessures passées). Tout le problème de la consultation diététique est que ce n’est pas parce qu’un diététicien vous dit que vous ne devez pas manger de tel aliment que vous allez réussir à le faire : souvent vous savez déjà ce que vous devriez faire ou ne pas faire, et pourtant vous ne parvenez pas à passer de la théorie à la pratique. Le problème ne se situe donc pas au niveau de l’information, mais au niveau des émotions et du contrôle des émotions. Or c’est précisément sur ces émotions que le psychologue spécialisé en nutrition ou le psychanalyste vous aident à travailler, en vous aidant à les connaitre, à vous connaitre. En vous aidant à comprendre, par exemple, pourquoi vous voulez telle chose et pourtant vous faites autre chose: vouloir maigrir et manger trop, vouloir se séparer et pourtant recontacter son ex, vouloir réussir l'examen de demain mais passer la soirée à regarder des séries, vouloir briller lors d'une réunion pour finalement ne pas oser intervenir, etc. 

 

Mais cette approche psychanalytique ne sera pas forcément le seul aspect, car selon les cas, les résultats en termes de perte de masse graisseuse sont plus ou moins rapides, parfois nuls. Il arrive qu’un individu parvienne en seulement quelques séances à mettre pour la première fois des mots sur des souffrances passées importantes. Il se sent alors libéré d’un « poids », et perd du poids aussitôt, sans efforts particuliers. Mais il est aussi fréquent qu’il soit plus long de trouver l’origine des souffrances, et l’on comprend qu’un patient n’ait pas envie d’attendre quelques mois, voire un ou deux ans, avant d’avoir des résultats au niveau de sa silhouette. Le psychanalyste essaye de ne pas s’en tenir au symptôme (le surpoids), mais de remonter à ce qu’il y a derrière, car on sait que si un individu résout son symptôme (réussit à perdre du poids en faisant un régime), mais qu’il n’a pas traité le problème sous-jacent, le poids perdu sera repris dans les mois qui suivront (c'est entre autres pour cela que, selon différentes études sur le sujet, 99% des régimes aboutissent à une reprise de poids, qu’ils soient menés seuls ou accompagnés par un professionnel). On comprend que lorsque le poids est obtenu suite à une simple restriction calorique, c’est seulement en apparence que le problème était résolu. Cependant, reste que l’apparence compte aussi pour se sentir bien, pour reprendre confiance en soi et avancer dans sa thérapie. C’est donc une des raisons pour lesquelles démarrer par un peu de coaching alimentaire avant d’en venir aux problématiques de fond peut être un bon compromis.

 

Par ailleurs, il arrive aussi que la psychothérapie psychanalytique, malgré le fait qu’elle ait permis à l’individu de comprendre l’origine de ses souffrances, n’ait pourtant pas eu d’effets sur son poids. Comment expliquer que le symptôme perdure alors qu’on a retiré la cause ? Ce peut être le cas, par exemple, si les troubles du comportement alimentaire ont créé des dérèglements au niveau physiologique : des problèmes de métabolisme, des dérèglements hormonaux, etc. Même si la cause était à l’origine psychologique, une fois que le métabolisme est déréglé, c'est comme si la machine s’était emballée, qu’on ne pouvait plus l’arrêter : le corps a pris le relais, il n’a plus besoin du mental pour dysfonctionner tout seul. Supprimer la première cause psychologique ne résolu donc pas les problèmes somatiques qui se sont développés et installés par la suite, et qui ont à leur tour des effets sur la sphère psychologique. Par exemple, si quelqu’un a été habitué enfant à être consolé avec du sucre, et qu’adulte il a continué d’abuser des sucreries, il se peut qu’il ait commencé à développer un pré-diabète (caractérisé par une résistance à l’insuline), si bien que les cellules de son organisme n’arrivent plus à utiliser le sucre qui est à disposition : non seulement l’individu se sentira fatigué, en hypoglycémie alors qu’il a mangé, mais en plus ce sucre va être stocké sous forme de graisse, et il aura une nouvelle fringale… donc il reconsommera du sucre et sur-stimulera à nouveau ses productions d’insuline. On comprend que même si, suite à une thérapie, la nourriture n’est plus un moyen de consolation pour cet individu, pour des raisons liées à un dysfonctionnement physiologique il a toujours besoin de manger du sucre en excès. La psychologie seule ne peut pas grand-chose une fois que ce cercle vicieux est mis en place. C'est pourquoi pour ce type de cas, très fréquent, il faut une approche double, à la fois centrée sur la psychologie et sur des conseils diététiques ou naturopathiques (en effet, selon certains auteurs comme David Perlmutter, neurologue américain auteur de « Ces glucides qui menacent notre cerveau », la très grande majorité de la population souffre d’une mauvaise régulation des taux d’insuline à cause de l’explosion de la consommation de céréales qui a eu lieu ces dernières décennies, notamment en raison de mauvais conseils diététiques privilégiant trop les sucres lents par rapport aux bonnes graisses, qui ont moins d’effets sur les taux d’insuline).

 

C’est pourquoi je ne m’en tiens pas à une approche strictement psychologique mais peut utiliser les connaissances que j’ai acquises sur plusieurs années en nutrition pour donner des conseils ponctuels en séance, ou pour orienter vers un autre professionnel en complément du suivi psychologique (par exemple pour les cas les plus spécifiques). Parmi les conseils que je peux éventuellement donner en séance (sauf pour les patients qui souhaitent s’inscrire dans un travail plus strictement psychanalytique), beaucoup s’inspirent de la naturopathie. Selon cette approche alternative, la prise de poids n’est pas le résultat de mauvaise volonté ou d’excès de quantités ingérées, elle est la conséquence d’un problème de santé : le surpoids, les compulsions alimentaires ou le sous-poids dans certains cas sont le reflet d’un mauvais état de santé. En retrouvant la santé, en retrouvant un équilibre psycho-physiologique, le poids se rééquilibre de lui-même. A la différence de la diététique conventionnelle où le plus gros du travail se fait à travers le décompte des calories, le naturopathe met l’accent sur la qualité de la nourriture plutôt que sur les quantités de lipide, glucides et protéines.

 

Premièrement, une nourriture de qualité apporte un réel mieux être au niveau de l’esprit, que la plupart des individus n’imaginent même pas parce qu’ils n’ont jamais eu l’occasion d’en faire l’expérience. Ce mieux-être peut suffire à diminuer les angoisses ou la tristesse (qui, comme nous l’avons vu, créent des accès de boulimie ou d’hyperphagie, mais créent aussi des problèmes d’assimilation : plus un individu est stressé plus il produit de cortisol, une hormone qui favorise le stockage de la graisse viscérale, qui est la plus dangereuse car elle est directement au contact des organes vitaux). Ces effets de l’alimentation sur la santé mentale s’expliquent notamment par l’influence de plus en plus connue des intestins sur le cerveau : si l’intestin est le « deuxième cerveau », alors on peut grandement influencer notre état psychologique grâce à la nourriture que l’on donne à ce deuxième cerveau, pour qu’il fonctionne de façon optimale.

 

Deuxièmement, lorsque l’on donne au corps des aliments de qualité, il arrive à se satisfaire de moins et donc réclame moins. Prenons l’exemple d’une étude qui compare un groupe d’individus qui mangent bio à un groupe qui mange les mêmes aliments en même quantité non bio : l’étude montre que manger bio suffit pour perdre du poids. C'est parce que les individus qui mangent des aliments manquant de vitamines, minéraux et autres micronutriments sont carencés et ont besoin de manger plus pour combler ces carences en micronutriments. Mais au passage ils ingèrent plus de calories : c'est la notion de « calorie vide ». Lorsque la calorie est accompagnée de l’ensemble des micronutriments, elle est mieux utilisée par le corps, l’individu se sent donc plus en forme tout en stockant moins. Inversement, ceux qui mangent bio ont plus de nutriments et antioxydants leur permettant de brûler les calories apportées par l’alimentation au lieu de transformer en graisse.

 

Troisièmement, la nourriture de mauvaise qualité rend la paroi de l’intestin perméable, ce qui fait que passent dans le sang des substances qui ne devraient pas y être (molécules alimentaires trop grosses, microbes, etc.). Ceci s’observe au fait qu’on peut mesurer dans le sang une réaction immunitaire après ingestion de produits auxquels nous sommes tous intolérants, comme le gluten ou les fromages (ce n’est pas parce qu’ils ne créent pas en apparence de problèmes de digestion qu’ils sont bien assimilés pour autant, et qu’ils ne créent pas des lésions dans les intestins et la prolifération de mauvaises bactéries). Alors que le diététicien recommandera parfois de limiter ces produits pour le nombre de calories qu’ils contiennent, le naturopathe recommande de les exclure pour une autre raison : pas pour le nombre de calories, mais pour des raisons de santé. En effet, si ces produits en viennent à créer un déséquilibre hormonal, des problèmes de digestion, de porosité intestinale, et par conséquent différentes agressions sur le cerveau et les tissus (des inflammations notamment), alors n’agirons plus les mécanismes qui font que normalement le poids d’un individu s’équilibre naturellement et que son appétit se régule aussi automatiquement.

 

Pour aller plus loin, vous pouvez consulter les articles sur la boulimie et sur l’anorexie, qui expliquent comment ces principes généraux s’appliquent à ces deux affections.