Se soigner sans médicaments

Se soigner sans médicaments

 

Les médecines alternatives et la psychologie ont pour caractéristique commune de rechercher la guérison par des méthodes naturelles, sans recours aux médicaments. Dans un cas comme dans l’autre le patient espère une amélioration par des méthodes douces, et tout en restant le plus maitre possible de sa santé. Celui qui obtient des résultats en faisant attention à manger sainement, en pratiquant la méditation, un sport, ou en réalisant un travail psychologique sur lui-même a en effet le sentiment d’avoir plus de contrôle sur sa guérison que si son état dépendait uniquement d’un traitement. Il éprouve la satisfaction de trouver en lui-même des ressources, de voir le fruit de ses efforts (même si, en réalité, nous sommes beaucoup plus influencés par notre environnement et notre passé que nous le croyons, il est plaisant de croire ne devoir qu’à soi-même sa motivation et la guérison qui s’ensuit).

 

Inversement, lors d’une prescription de psychotrope, nombreux sont ceux qui n’apprécient pas le sentiment de dépendre d’un laboratoire pharmaceutique pour aller mieux. Mais surtout ils craignent que la prise d'un médicament revienne à prendre le risque de développer des effets secondaires et une dépendance. Il n’est pas rare, en effet, que les difficultés reviennent en force dès l’arrêt du traitement. C’est que nombre de médicaments ne traitent pas la cause du problème, mais seulement les symptômes. Or supprimer le symptôme ne supprime pas la cause. C’est le cas, par exemple, lorsque l’on supprime de la fièvre ou de la toux : on ne guérit pas la maladie tant que l’on ne supprime pas l’infection elle-même, on l’empêche seulement de faire du bruit, de faire mal… et tant pis si la douleur ou la fatigue étaient des avertissements, par exemple un appel à se reposer. Mais en médecine comme en psychologie il n’est jamais facile de distinguer la cause et le symptôme, d’être sûr que l’on agit bien sur la cause première, cause de la cause, parce que non seulement les symptômes créent à leur tour d’autres symptômes, mais en plus ils deviennent circulaires, forment des cercles: c'est le fameux « cercle vicieux ».

 

C'est pourquoi même si un médicament ne supprime pas la fièvre ou la toux mais s’attaque à l’infection elle-même, il ne résout  pas forcément la cause première pour autant. Si l’individu tombe malade à répétition parce qu’il est en mauvaise santé, en fatigue chronique, on devine que le problème n’est pas non plus telle ou telle infection ponctuelle. Derrière la toux il y a l'infection, puis derrière l'infection il y a encore quelque chose: le terrain. Là est le véritable problème. Car c'est le terrain qui est propice aux infections, c'est la constitution fragile de l'individu qui fait qu'il est peu résistant aux maladies. L'individu tombe donc malade parce qu'il a, par exemple un mauvais système immunitaire (ce qui peut avoir des origines aussi bien somatiques que psychologiques, sociétales ou environnementales). Alors plutôt que de pointer du doigt une souche bactérienne, il faut pointer la constitution psycho-physique de l’individu. Plutôt que d’accuser une épidémie, il faut se demander pourquoi c'est tel individu et non tel autre qui a été touché par cette épidémie. Un problème est que devant la multitude des explications qui entrent en ligne de compte, chaque professionnel a tendance à répondre selon son domaine de compétence : la fatigue chronique peut avoir une origine psychologique, neurologique, liée à la flore intestinale, à l’alimentation, à l’environnement, etc. Mais est-ce que le psychologique cause le neurologique, le physiologique, la flore intestinale, ou est-ce l’inverse ? 

 

Le même raisonnement vaut au sein du domaine de la psychologie : de même que l’on rappelait l'importance du terrain sur lequel intervient l’infection, le psychologue souligne qu’une seule et même situation n’aura pas le même impact émotionnel selon les individus. On ne peut donc pas tout expliquer par la situation. Il faut prendre en compte les caractéristiques psychologiques propres à chacun pour comprendre pourquoi untel développera un symptôme et pas tel autre, et pour se demander ensuite si, en dépit des apparences, ce ne serait pas celui qui ne déclenche aucun symptôme qui va le plus mal: est-ce que celui qui a du mal à faire son deuil va réellement plus mal que celui qui semble le faire trop facilement, ou est-ce qu’au contraire c'est l’absence de tristesse qui est le signe qui devrait le plus inquiéter, qui est plus problématique que la tristesse elle-même ? Est-ce que la tristesse ou un autre symptôme provoqué par une autre situation n'est pas simplement une tentative d'adaptation et de régulation émotionnelle au niveau psychologique, un peu comme au niveau corporel, lorsque l'organisme provoque de la rétention d'eau, il s'adapte par ce moyen en tentant de diluer les différentes toxines en excès dans l'organisme? Supprimer la tristesse avec un antidépresseur revient-il au même que supprimer la diarrhée ou le nez qui coule : est-ce qu’on empêche ainsi que le mal sorte, s’évacue?

 

Le problème est que dans certains cas, au contraire, c'est en n’agissant pas du tout qu’on laisse se développer une maladie. On laisse par exemple s’installer une infection ou une dépression qui auraient été éradiquées facilement si elles avaient été prises en charge à temps. C'est le cas lorsque le symptôme cause plus de problèmes qu'il n'en résout, ou lorsqu'il n'est tout simplement pas une tentative d'adaptation de l'organisme, mais juste une conséquence de la maladie, subie par le corps en quelque sorte "passivement" (alors que le corps est "actif" quand il crée un symptôme pour lutter). En médecine comme en psychologie il est difficile de dire s'il faut intervenir ou non, car dans les deux cas il existe ces différentes sortes de symptômes, et dans les deux cas il peut être dangereux de supprimer ceux des symptômes qui s’avèrent être des signaux d’alertes, une adaptation du corps ou de l’esprit à la situation, ou même une tentative de guérison. Au lieu de changer son mode de vie, de se remettre en question, le patient va alors, au moyen du médicament, tirer encore un peu plus sur la corde, écouter encore un peu moins ce que lui exprime son corps. Et ce souvent en toute bonne conscience, puisque son médecin et lui-même croient que s’ils ne voient plus rien, que si le patient ne ressent plus rien, c'est qu’il n’y a plus rien.

 

Voici une autre raison pour laquelle il est aventureux de conclure « facile, une fois qu’on a compris la distinction entre le symptôme et la cause, il suffit de dépasser les apparences pour remonter à la cause ». Le problème est que personne ne s’entend sur ce qu’est « la » cause : les professionnels, selon leurs domaines de compétence, se renvoient les uns aux autres le reproche ne travailler que sur les symptômes. Ils se reprochent donc réciproquement de ne pas voir plus loin que le bout de leur nez, mais sans comprendre qu’ils concluent de part et d’autre trop rapidement qu’ils ont bel et bien trouvé la cause. Médecine classique et médecines alternatives, professions médicales, paramédicales et psychologie se heurtent à une difficulté commune : comme l’organisme est un tout assemblé de parties en interaction les unes avec les autres, s’influençant réciproquement, il est souvent impossible de distinguer clairement une cause et son symptôme, les deux s’influencent réciproquement. Ce qui était symptôme devient cause d’un autre symptôme, et ce dernier alimente la première cause à son tour. Si bien que l’on ne peut pas remonter à ce qui serait une « cause de cause ». Il y a en fait rarement une cause pour un symptôme, mais un ensemble de causes. Si un individu est tombé malade, ce n’est pas soit parce qu’il a été exposé à une souche bactérienne, soit parce que son terrain était fragile : c'est les deux conditions qui doivent être réunies. Il faut donc bien commencer par quelque part, et c'est au cas par cas que l’on pourra décider par où il faut commencer.

 

S’il est vrai que  l’équation reste gagnante tant que les effets secondaires des médicaments sont moins importants que les effets bénéfiques, il n’en demeure pas moins qu’il est dommage d’en arriver là lorsqu’il existe des moyens naturels par lesquels on aurait pu obtenir « le beurre et l’argent du beurre » : avoir les mêmes effets bénéfiques mais sans les effets secondaires. C'est pourquoi il est souvent conseillé de commencer par se traiter avec des méthodes alternatives ou par la psychologie, et de n’en venir à la médecine générale ou à la psychiatrie qu’en seconde intention, si les premiers moyens s’étaient avérés insuffisants, incomplets. Mais il est des cas où la logique s’inverse et où un médicament peut débloquer une situation : grâce au traitement l’individu parvient à modifier son environnement, et grâce aux effets positifs qu’a ce nouvel environnement sur lui il parvient à arrêter son traitement.

 

Mais malgré ces deux points communs – utiliser des méthodes douces et s’inquiéter un peu plus que la médecine classique de ne pas occasionner des nouveaux symptômes plus invalidants que les premiers – il existe des différences notables entre la psychologie et les différentes médecines alternatives. C'est pourquoi nous allons vous présenter en une série de deux articles les divergences, oppositions et complémentarités entre la psychothérapie et la méditation d’une part, et entre la psychothérapie et l’alimentation d’autre part.

 

Contentons-nous, pour conclure cette introduction, de mentionner l’opposition principale que l’on retrouve entre la psychologie et les méthodes alternatives : tandis que ces dernières proposent, parmi leurs différents modes d’actions, des pratiques à adopter sur le long cours (si possible à vie), une psychothérapie n’a pas vocation à s’éterniser dans le temps. La psychothérapie ne représente qu’une tranche de vie, une étape. Il doit normalement arriver un moment où le patient sent qu’il a pour de bon dépassé certaines difficultés, qu’il arrive maintenant à laisser définitivement derrière lui une partie de son passé. Si l’on utilise le terme de « pratique » pour désigner la pratique de la méditation, du yoga, d’un sport, ou la pratique d’une certaine hygiène de vie incluant un régime alimentaire sain pour le corps et l’esprit, c'est parce qu’il  y a dans la « pratique » la notion de répétition, de perfectionnement par la répétition. Alors que l’on ne va pas en psychothérapie dans le but de se répéter inlassablement, comme si la parole était à recommencer à l’infini, qu’elle n’avait pas un effet durable. On y va au contraire dans l’espoir de sortir de certaines répétitions, de ne plus tourner en boucle dans sa tête ou de répéter en boucles certaines erreurs, certains schémas : la psychothérapie est souvent une rupture, une cassure, un arrêt dans sa vie, et l’on repart sur de nouvelles bases.

 

Lorsque la thérapie se déroule dans des conditions optimales, il y a quelque chose d’acquis pour de bon, quelque chose qui s’inscrit dans le temps : ce qui a été modifié, remodelé, reprogrammé l’est une fois pour toutes. Et c'est parfois sur la base de cet acquis que l’on peut trouver la force d’entrer dans un cercle vertueux en « pratiquant » enfin avec régularité ces autres actions alternatives qui nous font du bien. Il est connu que les personnes qui se sentent déjà mal, qui sont déprimées, anxieuses, fatiguées voire épuisées, etc., sont aussi celles qui ont le plus de mal à soigner leur hygiène de vie, à faire des « efforts » (pour bien manger, pour faire du sport, pour pratiquer la méditation, pour entretenir leurs relations sociales, etc.) : il leur manque le petit déclic de départ pour sortir du cercle vicieux, ce déclic occasionné parfois par la psychothérapie, lorsqu’elle offre l’impulsion de départ grâce à laquelle l’individu réussit enfin à appliquer, et avec moins d’efforts, ces « bonnes résolutions » qu’il n’arrive pas à tenir d’habitude. La difficulté n’est alors pas de se « forcer » plus, d’être plus dur envers soi-même, elle est de réussir à se poser les bonnes questions pour adopter ensuite plus facilement les conduites que l’on désire.

 

 

Pour aller plus loin sur des méthodes pour se soigner sans médicaments, nous vous invitons à consulter ces trois articles supplémentaires (à venir):

 

- l’article sur la psychologie et la méditation décrit pourquoi ces deux méthodes sont complémentaires bien qu’elles puissent de prime abord paraître opposées : lors de la méditation on se vide l’esprit, on oublie ses problèmes en se concentrant sur ses sensations corporelles, sur sa respiration, etc. Le but est de laisser les soucis de côté, de relativiser leur importance. Alors que, à l’inverse, on se focalise sur les problèmes en psychothérapie, et ceci amène parfois à redonner de la valeur à des sentiments que l’on dénigrait, dont l’on ne voulait rien savoir. Mais serait-il parfois nécessaire, pour pouvoir réellement mettre de côté ses problèmes grâce à la méditation, et pour pouvoir donc entrer pleinement dans cette pratique, d’avoir d’abord fait le contraire en ayant mis le nez dedans, de les avoir d’abord reconnus et affrontés, pour pouvoir ensuite mieux les laisser de côté ?

 

- En ce qui concerne les rapports entre la psychologie et l’alimentation, nous verrons que les deux cas de figure se rencontrent : parfois un changement psychologique aide à suivre sans difficultés un nouveau régime alimentaire, et c'est parfois au contraire le changement de régime qui était la condition d’un changement psychologique profond (c'est cet article qui donne le plus des bases concrètes pour se passer d’antidépresseurs, somnifères et anxiolytiques, ou pour au moins limiter sa consommation).

 

- enfin, l’article sur le symptôme et la cause précise les rapports entre ces deux derniers en expliquant les différents positionnements de la psychiatrie, de la psychanalyse et des thérapies cognitivo-comportementales à ce propos.