Psychologie et diététique

Suivi diététique ou psychologique: complémentarité et divergences 

Que vous souffriez de compulsions alimentaires, de boulimie, d’une tendance à manger plus quand vous êtes déprimés, fatigué, anxieux…, ou que vous ayez tout simplement tendance à trop manger, dès lors que vous vous décidez à consulter un spécialiste, une question devrait s’imposer à vous : quelle profession sera la plus indiquée pour m’aider à surmonter ce problème ? Dois-je privilégier une approche médicale ou paramédicale (nutritionniste ou diététicien), ou une approche psychologique (approche comportementaliste ou psychothérapie) ? Pour répondre à cette question, il faut identifier quel est le problème qui se cache derrière le surpoids. Mais d’ailleurs, quel est ce problème: un problème « psy », médical (métabolique, endocrinien …), culturel, etc. ?

C’est pourtant tout naturellement que la plupart d’entre nous ne se poseront même pas la question et iront directement consulter un diététicien. Beaucoup procèdent ainsi tout d’abord parce que c’est la seule alternative qu’ils connaissent.

 

Deuxièmement, certains procèdent ainsi parce qu’ils acceptent plus volontiers l’idée que l’excès de poids soit lié à un mauvais régime alimentaire plutôt qu’à un problème « psy ». Même si ce dernier s’avérait au final être d’importance mineur, il peut faire peur. C'est pourquoi la première consultation chez le psychologue suscite en général un peu plus d’appréhension que celle chez le diététicien. Une première façon dont l’individu expliquera son choix pourrait être alors la suivante : puisque la surcharge pondérale serait liée à des mauvaises habitudes ou à des excès en tout genre, il suffirait de rétablir le régime pour que les choses rentrent dans l’ordre. Mais raisonner ainsi, c'est faire comme si les « habitudes » ou les « excès » ne pouvaient pas aussi avoir une dimension psychologique. Par exemple, un individu déprimé a plus souvent la « flemme » de tout, y compris la flemme de cuisiner, de faire attention à ce qu’il mange ou à sa santé en général. A contrario, on perçoit bien cette dimension psychologique lorsque l’on se demande pourquoi, malgré la meilleure volonté du monde, on n’arrive pas à corriger maitriser nos excès et à corriger nos mauvaises habitudes : dans ces cas là on perçoit bien que le problème n’est pas seulement lié à une routine qu’il faudrait venir perturber ou à de la paresse qu’il faudrait éradiquer, mais qu’il y a aussi une dimension émotionnelle, parce qu’il y a quelque chose qui se cache derrière ce qu’on appelle « flemme », « paresse », « habitude », et ce quelque chose échappe à l’individu.

 

Troisièmement, on commence plus volontiers par consulter un diététicien parce que l’on a l’intuition que derrière ces « mauvaise habitudes » alimentaires ne se cache pas ou pas seulement un manque de volonté, mais aussi – voire surtout – un manque de connaissances, d’informations sur la nutrition. Dans ce cas-là,  le diététicien pourra bien plus vous aider que si les mauvaises habitudes ont une origine psychologique : parmi les différentes dimensions de ce métier (dimension relationnelle, de prévention, etc.), la dimension éducative bien est réelle. Un patient qui a grandit dans un environnement familial où il n’a pas acquis naturellement les bonnes connaissances ou les bons réflexes, et qui n’a pas le temps ou l’envie de s’informer par lui-même, ou qui n’arrive pas à mettre en application des conseils qu’il a lu dans des magazines peut réellement répéter des erreurs qui le bloqueront dans sa progression. En sachant mobiliser, parmi toutes ses connaissances, celle qui est adaptée à son cas précis, le diététicien lui donnera accès à des moyens d’agir qui seraient sinon probablement restés hors de portée du patient. Et il aura aussi un rôle de coach, car il est beaucoup plus facile de suivre un conseil qui nous a été prodigué à nous personnellement, de vive-voix, plutôt que de suivre un conseil lu à la va vite dans le quotidien distribué à la sortie du métro.

 

Nous pouvons donc déjà distinguer le cas de celui ou celle qui sait ce qu’il « devrait » faire mais n’y arrive pas du cas de celui qui ne sait pas ce qu’il devrait faire ou se trompe sur ce qu’il devrait faire : deux situations qui nécessitent de prime abord deux réponses différentes (on nuancera plus loin : il se peut que les raisons pour lesquelles un individu ne parvient pas à mettre en pratique ce qu’il sait être bon en théorie ne soient pas d’ordre psychologique mais physiologique).

 

 

L’approche diététique :

Commençons par détailler quelques limites à la consultation diététique telle qu’elle est malheureusement souvent appliquée, avant de présenter les approches psychologiques et leurs limites respectives.

 

Comme dans d’autres disciplines relevant du champ médical ou paramédical (à commencer par la médecine générale ou même la psychiatrie, mais heureusement les choses évoluent à ce niveau), beaucoup de diététiciens pratiquent leur métier en mettant en avant principalement son aspect technique et médical, au détriment de l’aspect relationnel. Au mieux le patient, en plus de se faire prescrire un régime, aura des informations sur celui-ci, sur sa logique. Et au pire, on lui donnera simplement une  recette à appliquer, une feuille de route à remplir et l’on vérifiera qu’il la suit bien, qu’il remplit bien les cases du tableau hebdomadaire où il répertorie ce qu’il a mangé dans la semaine, et on l’admoneste gentiment au besoin.

 

La partie du travail consistant à remonter et à analyser le contexte passé et présent de la prise de poids est squeezé, et les différents troubles comportementaux ou affectifs ne sont pas explorés. L’essentiel du travail se fait alors par le repérage des écarts via le décompte minutieux des calories. Est admis implicitement qu’il suffit de pointer du doigt ces écarts pour que ceux-ci se dissipent naturellement. Autrement dit, beaucoup de diététiciens – mais heureusement pas tous ! – se comportent comme s’il suffisait simplement de rappeler la règle, la faute, et ce sans chercher à comprendre pourquoi cette règle a été transgressée, sans chercher à savoir qu’est-ce qui se cache derrière cette apparence faiblesse en posant sincèrement la question « essayons d’identifier quelle est, selon vous, la raison qui vous a poussé à tout de même consommer de cet aliment ? ».

 

Pourtant, l’importance de la dimension relationnelle n’est pas niée pour autant par la plupart des diététiciens, mais c'est sa mise en pratique qui est difficile. Car force est de constater, pour ne pas juger sans pointer les difficultés inhérente à ce métier, qu’il n’est pas du tout évident de ces considérations générales à leur application concrète : manier la dimension relationnelle, ok, mais qu’est-ce que cela veut dire au juste, et comment cela se traduit-il concrètement ? En tant que psychologue, je peux le confirmer, manier la relation est un enjeu majeur dans tous les métiers du soin, et c'est donc une difficulté à laquelle tout thérapeute est confronté. Par exemple la prise d’un traitement et la réussite de ce dernier dépend en grande partie du rapport qu’a le généraliste, le cardiologue, le cancérologue, etc., avec son patient. Donc quand bien même le diététicien percevrait un trouble psy chez un patient, comment l’aborder avec lui sans avoir peur que celui-ci le trouve indiscret ou, au contraire, confonde les séances de diététique avec une psychothérapie pour laquelle le diététicien n’est pas formé ? Et que dire à un patient qui, quand on essaye d’explorer quelle est la raison profonde qui se cache derrière son besoin de manger à l’excès, se contente de répondre comme si vous veniez de poser une question bête: «  j’ai mangé parce que j’avais faim ! ». Il est donc presque impossible d’aborder ces aspects psychologiques du régime alimentaire si l’on n’a pas été préparé à cela lors de la formation, et à quoi bon si en plus on n’a pas de réponse à apporter, si l’on ne sait pas comment aider le patient à surmonter les difficultés affectives qui se cachent derrière le surpoids. C'est pourquoi il est alors il est souvent plus facile d’éviter complètement le sujet, et de supposer que si le patient semble anxieux, déprimé ou manque de confiance en lui, c'est parce qu’il est en surpoids, et non l’inverse. La réponse à apporter est alors de supprimer cette cause via le décompte des calories, et parce qu’il aura repris confiance en lui, c'est tout naturellement que les difficultés d’ordre psychologique s’estomperont.

 

Une solution serait sinon que le diététicien adresse le patient à un confrère psychologue pour un suivi complémentaire, qui viendrait compléter l’approche éducative et paramédicale qui reste tout de même parfois nécessaire, selon les cas. Mais il ne pourra le faire que si le patient est réceptif à cette proposition. Parmi les différents courants de psychologie entre lesquels le patient aura alors le choix, les deux majeurs sont les thérapies cognitivo-comportementales ou les psychothérapies, dont les psychothérapies d’inspiration psychanalytique notamment.

 

Le surpoids et les psychothérapies psychanalytiques :

Nous commençons par décrire les psychothérapies (notamment psychanalytiques), parce qu’il est de prime abord plus facile de distinguer les différences entre celles-ci et la diététique que les différences entre la diététique et le cognitivo-comportementalisme. En effet, si les psychothérapies aident à maitriser son poids et les compulsions alimentaires, c'est par un effet indirect, alors que les thérapies cognitivo-comportementales ont une action plus ciblée, qui pourrait être confondue à tort avec la diététique qui elle aussi a un but précis, ciblé : dans les deux cas l’objectif explicite est la diminution de la charge pondérale, alors que dans la psychanalyse, la perte de poids n’est pas l’objectif du travail, mais une de ses conséquences possible.

 

Prenons un exemple dans lequel cette différence de visée est plus facilement perceptible que lorsqu’un patient consulte avec la volonté de perdre du poids. Il n’est pas rare que des patients réalisent une psychanalyse sans qu’ils aient pour intention particulière de perdre du poids, mais que ce soit pourtant ce qui finit par se produire. Dans ces cas, on perçoit plus aisément que c'est le fait d’avoir résolu en amont les problèmes émotionnels ou affectifs qui se cachaient derrière les problèmes de poids qui ont permit à l’individu de régler ceux-ci. Exemple : un individu consulte pour résoudre des problèmes de couple. Au cours de la psychanalyse, il réalise que sauver son couple n’est finalement pas son réel désir, mais qu’il voulait le faire plus pour ne pas culpabiliser ensuite des souffrances qu’il infligera à sa famille. Il se sépare finalement, et perd 15 kilos dans les mois qui suivent : on perçoit bien que les problèmes de poids n’étaient qu’un symptôme, mais pas la cause du problème. Une approche centrée sur le symptôme passe complètement à côté de cela : l’homme perd ses 15 kilos mais n’a en rien résolu ses problèmes de couple (et c'est pourquoi il y a beaucoup de chance pour qu’il les reprenne : c'est ce qui arrive dans plus de 90% des cas). Parce qu’il n’a plus besoin de manger pour lutter contre le stress, pour combler un vide ou pour oublier sa tristesse profonde au moyen d’un plaisir intense mais seulement momentané, parce qu’il a retrouvé une stabilité, une certaine confiance en lui et l’envie de prendre soin de sa santé, etc., tout naturellement, sans faire d’efforts particuliers, le patient retrouve aussi sa ligne. Donc lors d’une psychanalyse, il n’est pas interdit, mais pas non plus obligatoire d’aborder ses problèmes de poids. En tout cas, si ces problèmes de poids sont abordés, ce sera sous un autre angle que celui diététique, car le rôle du psychanalyste n’est pas d’accompagner le patient dans le décompte de ses calories ou de lui donner des conseils pratiques: son rôle est d’amener le patient à voir derrière, plus loin que les calories ingérées.

 

Autre exemple : si un individu a pris du poids suite au deuil d’un parent, le psychanalyste aura tendance à mettre l’accent sur la résolution du deuil plutôt que sur les problèmes de poids, parce que ce n’est pas parce qu’un patient aura finalement réussi à perdre du poids qu’il aura fait son deuil. Et s’il n’a pas fait son deuil, encore une fois ce n’est alors qu’en apparence que le problème est résolu, mais pas au fond des choses : seul le symptôme a disparu, mais pas sa cause.

 

En revanche, si la problématique du poids est plus centrale pour le patient, que c’est une importante source de préoccupation pour lui, il sera bien sûr nécessaire d’aborder cette dimension. Mais elle sera abordée sous un angle différent que celui pédagogique: le patient pourra, au gré de ses associations d’idées concernant son poids, s’interroger sur son rapport à la nourriture, sur son rapport à lui-même, sur son rapport à l’autre sexe, sur sa masculinité ou sa féminité, ou sur des potentiels bénéfices inconscients qu’il aurait à ne pas réussir à perdre de poids (avoir une excuse pour ne pas s’engager des relations intimes qui font peur ? Ne pas oser quitter le rôle dans lequel un parent l’a assigné dès l’enfance ? Etc.).

 

Ce n’est pas parce que les psychothérapies et la diététique relèvent de deux logiques différentes qu’il faut pour autant les percevoir comme opposées. Parfois elles se complètent justement pour cette raison : les psychothérapies, par leur approche indirecte, peuvent facilement compléter la diététique dont l’approche est directe. Le patient traite alors du problème de fond avec le psychanalyste, et atténue en même temps le symptôme avec le diététicien. Si l’on reprend l’exemple du deuil, le patient recommencera à perdre plus rapidement, même s’il fallait plusieurs années pour faire le deuil en parallèle.

 

 

Le surpoids et les thérapies cognitivo-comportementales :

Dans le cas des thérapies cognitivo-comportementales, comme on dit, l’approche est plus « centrée sur le symptôme ». C'est-à-dire que le psychologue se focalise sur le présent plutôt que dans une perspective plus large, incluant le contexte globale, mais aussi le passé, l’enfance (passé qui, selon ces dernières, permettraient parfois mieux d’expliquer le présent qu’en partant directement du présent, dont les apparences sont trompeuses).  Les thérapies proposées par le Groupe de Réflexion sur l’Obésité et le Surpoids (GROS) s’inscrivent dans cette lignée.

 

Selon leur perspective, plutôt que de compter les calories pour repérer les bons et mauvais aliments, il vaudrait mieux apprendre à être à l’écoute de nos sensations, apprendre à distinguer quand est-ce qu’on a réellement faim et quand est-ce qu’on mange sans réel besoin, par simple habitude, stress, ou pour d’autres raisons émotionnelles qu’il faut repérer. Cette centration sur les sensations est un exemple de la façon dont on se focalise sur le présent, l’ici et le maintenant, pour repérer derrière la sensation de faim des émotions qui se sont produites à l’instant (frustration de ne pas avoir été entendu par son patron ? Colère contre tel collègue ? Stress pour le projet à finir demain ?).

 

La méthode enseignée par les groupes de réflexion GROS insiste beaucoup sur la déculpabilisation des patients, en rappelant que, selon une des hypothèses à la base de cette approche, il n’y aurait pas de « mauvais » aliments (ceux ciblés par les régimes qui proposent d’exclure une ou plusieurs classes d’aliments ; nous discuteront cette hypothèse plus loin). De là découlerait un autre fait, celui qu’il n’y aurait pas un « mauvais » comportement lorsque l’on consomme ces aliments: vous n’avez pas à culpabiliser d’avoir mangé du sucre, puisque le sucre n’est pas « mauvais »… donc vous n’êtes pas mauvais. Ce serait, à la limite, l’absorption excessive de sucre qui est mauvaise, mais si l’individu est bien conscient de la nuance, donc déculpabilisé à l’idée de manger des sucreries, il les abordera dans un autre état d’esprit et parviendra spontanément à en manger avec modération. C'est donc tout son rapport à la nourriture qui serait changé. Or beaucoup des régimes échouent car les patients se lancent dans le décompte des calories mais en ayant toujours, d’un point de vue psychologique, le même rapport culpabilisé à la nourriture. A cause de l’obsession de nos sociétés pour la minceur, notre rapport à la nourriture et à l’alimentation serait complètement perverti du fait qu’on a oublié qu’il était naturel de manger, et même vital.

 

Voici une des conséquences de cela : le patient déculpabilisé abordera différemment les sucreries parce qu’il ne souffrira plus d’un biais cognitif qui accompagne souvent les crises boulimiques : le biais en raison duquel l’individu en crise se dit « maintenant que je viens d’échouer à manger du sucre, c'est trop tard, j’ai prouvé une fois de plus que je suis ne suis pas capable, donc je ne fais plus d’efforts, c'est la porte ouverte à tous les excès ». Cette pensée négative contribuerait à ce qu’il ne soit plus possible de refermer la vanne une fois qu’elle a été ouverte.

 

Est proposé aux patients aussi certains exercices, par exemple certains psychologues ou psychiatres, lors d’une séance, posent un morceau de chocolat en séance devant le patient, et le patient doit ignorer ce morceau de chocolat pendant que l’entretien se déroule pour apprendre à lutter contre l’envie de manger : ceci s’apparente à la technique de l’exposition, selon laquelle en s’exposant à ce qui est à l’origine du trouble, on se désensibilise (celui qui a peur des araignées pourra s’exposer à des araignées, celui qui a peur des ascenseurs ou des transports se forcera à les prendre, etc.).

 

Un autre point de la philosophie de ce groupe, qui sous tend l’idée qu’il suffit de se remettre à l’écoute de ses sensations pour maigrir, est l’idée que l’organisme sait naturellement de quoi il a besoin et envoie donc les bons signaux. On peut lire par exemple sur leur site :

« Pourquoi vouloir dire aux Français comment ils doivent manger, alors que tout être humain est naturellement équipé des systèmes de régulations qui le conduisent à manger de façon adéquate? La masse grasse, les apports en nutriments et micronutriments sont l’objet d’une régulation et le comportement alimentaire est contrôlé » (https://www.gros.org/la-regulation-de-la-prise-alimentaire) ».

 

Après avoir expliqué comment le système de régulation se sert,  entre autres, du goût et de la sensation de plaisir qu’il procure pour nous diriger vers les aliments dont nous avons naturellement besoin, l’auteur explique :

« Ce qu'on appelle les appétits spécifiques traduisent un attrait pour un aliment spécifique, qui contient un ou des nutriments dont l’organisme a besoin. Ils supposent la mémorisation d’une flaveur liée aux effets post-ingestifs des aliments. Ce qu’il est important de retenir: Le plaisir à manger est une composante essentielle du système de régulation de la prise alimentaire et non un “plus”, une sorte de “cerise sur le gâteau”. En d’autres termes, la régulation de la prise alimentaire ne peut pas se faire correctement dès lors qu’on mange sans plaisir gustatif. On choisit ses aliments et on mange pour y trouver du plaisir, on s’arrête de manger parce qu’on est rassasié ET qu’on a trouvé ce plaisir. En conclusion : Pour bien réguler au niveau énergétique, il faut que ce qu'on mange corresponde à ce qu'on désire mange » (https://www.gros.org/la-regulation-de-la-prise-alimentaire) ».

 

Ce nouvel argument va encore plus loin que le précédent : les conséquences néfastes de la culpabilisation ne seraient pas seulement psychologiques, mais elles seraient également physiologiques, parce que les individus culpabilisés ne sont pas privés seulement de ce qui leur ferait plaisir, mais  ils sont privés de ce dont ils ont pourtant naturellement besoin. Si l’aliment qualifié de « mauvais » n’est pas seulement neutre, mais est même « bon » parce que précisément ce que l’organisme réclame par nécessité, empêcher l’individu de consommer durant la journée ce dont il a pourtant besoin est un acte encore plus grave : cette interdiction crée un déséquilibre physiologique, et c'est donc naturellement cette appétence qui aurait due être satisfaite la journée se ré-exprime le soir avec plus de force. C'est pourquoi l’individu craque et se met à consommer sans limites ce qu’il aurait sinon consommé modérément au cours de la journée, s’il s’était écouté. Ceci renforce ce cercle vicieux qu’occasionne le biais cognitif présenté plus haut, car la privation abusive pendant la journée et la culpabilisation le soir vont dans le même sens : au lieu de seulement se nourrir d’aliments « interdits » jusqu’à avoir comblé le déficit bien réel qu’il y a eu pendant la journée, le patient se goinfre littéralement pour se confirmer la piètre image qu’il a de lui-même (donc le raisonnement est inverse de celui selon lequel le manque de confiance en soi découle du surpoids : il peut être au contraire plus difficile de sortir de l’obésité lorsque l’on s’est au préalable collé une étiquette négative, lorsqu’on se perçoit au préalable comme quelqu’un qui n’a pas de volonté).

 

La prolifération des différents régimes et des consultations spécialisées en diététiques seraient d’une certaine façon un symptôme de cette hyper-culpabilisation. C'est pourquoi on peut lire aux titres de différents ouvrages qu’on trouve dans la longue bibliographie conseillée par le site GROS (https://www.gros.org/bibliographie) que leur approche s’oppose souvent ouvertement l’approche d’un diététicien, soit parce qu’il faudrait ne plus être complexé par son poids, soit parce que, pour perdre du poids, il faudrait ne pas faire de régime pour les raisons suivantes :

- pour ne pas se priver des aliments dont on a envi, car c'est une contrainte abusive pour l’organisme qu’on finit par payer par la suite,

- parce que, pour ceux qui n’arrivent pas à modérer leur consommation de ces « mauvais » aliments, il est préférable de régler un problème émotionnel en amont, censé aider à distinguer la vraie faim des faux signaux, plutôt que de se concentrer sur le régime alimentaire :

 

 

  • ZERMATI Jean-Philippe. Maigrir sans régime, Editions Odile Jacob, Paris, 2002
  • COUPRY François. Eloge du gros, dans un monde sans consistance. Robert Laffont, 1989
  • Anne de RANCOURT. Je suis ronde et j'aime ça. Editions Chiflet et Cie, 2008
  • APFELDORFER Gérard. Maigrir, c’est dans la tête. Odile Jacob Ed. Paris, 1997, 2000
  • APFELDORFER Gérard. Mangez en paix!. Odile Jacob Ed. Paris, 2008
  • BARDOLLE Olivier. Éloge de la graisse. Jean-Claude Gawsewitch éditeur, 2006

 

En résumé, s’il y a accord entre ce courant des thérapies cognitivo-comportementales et la psychanalyse quant à la nécessité d’aborder les problèmes de poids du point de vue des émotions plutôt que d’un point de vue médical, c'est la méthode employée pour « régler ce problème émotionnel en amont » qui diffère : pour reprendre l’exemple de la résolution du deuil, on voit que le patient en psychanalyse peut ne presque pas parler de son rapport à la nourriture et le psychanalyste ne cherche pas à le déculpabiliser en lui expliquant qu’il a le droit de manger de ce qu’il veut, qu’il n’y a pas de « mauvais aliments » – conseil qui du point de vue d’un psychanalyste rappelle quelque peu les différentes méthodes et recettes que donnent également les diététicien : on vous dit à nouveau ce que vous devez faire. Alors qu’en thérapie cognitive et comportementale, on apprend à écouter les sensations corporelles et on essaye de diminuer les compulsions alimentaires par le mouvement paradoxal qui consiste à les accepter d’abord.

 

Nous allons voir maintenant que ces conseils concernant l’écoute des « signaux » envoyés par l’organisme sont très discutables d’un point de vue diététique.

 

 

Critique des psychothérapie et thérapies proposées ci-dessus :

Une critique qu’un diététicien pourrait adresser aussi bien au psychanalyste qu’au cognitivo-comportementaliste est que si les aspects éducatifs et informationnels ne sont pas toujours nécessaires pour occasionner une perte de poids, il est d’autre cas où l’on ne peut faire l’impasse dessus: il existe bel et bien des personnes qui sont en surpoids et qui pourtant n’ont pas de troubles psychologiques, et il existe aussi des personnes dont le surpoids à une origine double, à la fois psychologique mais aussi physiologique. Or les thérapies ne sont que de peu secours face à ces problèmes physiologiques, face, par exemple, à des dérèglements hormonaux, à des problèmes d’intolérances alimentaires, de perméabilité intestinale, de candidose et autres infections intestinales, et face à de fausses croyances largement répandues dans les médias en matière de nutrition, du type « manger des protéines fabrique du muscle et manger de la graisse fait grossir ».

 

On pourra donc objecter, en particulier à la psychanalyse, que si quelqu’un manque de connaissances concernant l’alimentation, ce n’est pas une psychothérapie où il doit « trouver ses propres réponses » qui l’aidera sur cet aspect du problème : le problème sera résolu si l’on ne se trompe pas d’indication, si c'est bel et bien d’une psychanalyse dont il a besoin. C’est sur des questions concernant sa vie intime, ses choix, ses véritables désirs que le patient doit trouver ses propres réponses. Alors que lorsque l’on sort du domaine subjectif pour rentrer dans le domaine du savoir médical, objectif, on entre dans un champ où il existe des réponses, qu’on le veuille ou non, indépendamment de notre opinion ou de notre volonté. Si c'est au patient de choisir s’il va mettre fin à une relation, s’il va changer de travail ou s’il va avoir un enfant ou non, ce n’est en revanche pas lui qui peut décider ce qui est sain pour sa santé. Lors des premiers entretiens d’une psychanalyse, qu’on appelle les « entretiens préliminaires », le psychanalyste et l’analysant tentent en général de répondre à cette question de l’indication d’une cure psychanalytique, alors qu’ils réfléchissent aux buts et objectifs du travail qu’ils entament. Rappel : lorsque c’est indiqué, le patient peut aussi bien voir un diététicien pour obtenir des informations objectives sur le régime à suivre, et dans un même temps entamer une psychanalyse pour interroger, par exemple, son rapport personnel et subjectif à la nourriture.

 

Le cas est un peu différent pour les méthodes qui défendent l’idée qu’on ne doit pas suivre de régime : on ne peut pas à la fois en suivre un et ne pas en suivre un, ni accepter l’idée qu’il n’existe pas de mauvais aliment et pourtant chercher tout de même à chasser ces derniers de notre alimentation ! Il y a donc plusieurs objections qu’on peut leur faire.

 

Premièrement objection, de taille : le fait de se concentrer sur les sensations pour réapprendre à écouter son corps et à rééquilibrer son rapport à la nourriture est quelque chose de non seulement insuffisant, mais c’est aussi quelque chose qui, étant donné le contexte dans lequel nous vivons, s’avère même souvent être parfaitement nuisible. Nos compulsions à manger de tel ou tel aliment, ou à en manger en telle quantité et à telle heure sont, dans nos sociétés modernes, tout sauf naturelles et guidées par l’instinct. Etant donné le fait qu’on vit dans un monde où la plus grande partie de l’alimentation est industrielle, ultra-transformée, et que par conséquent la plupart des aliments que l’on mange n’ont rien de « naturel », il ne peut exister de penchant naturel à manger de ce type d’aliments : notre système digestif s’est construit pour le type d’alimentation qui était disponible pour nos ancêtres, et qui était très différent du notre. Est-ce que les hommes préhistoriques avaient à leur disposition, dès le réveil et dans les quantités qu’ils souhaitent, le type d’aliment « bon » pour eux à ce moment précis ? Rien n’est moins certains : début décembre, il leur fallait attendre jusqu’au mois de juillet pour pouvoir consommer leur prochaine pomme. Sans parler des problèmes de conservation de la nourriture.

 

Un instinct qui serait programmée pour que de tout temps nous devions manger précisément ce dont nous avons envie et quand nous en avons envie, c'est un instinct qui serait taillé sur mesure pour répondre à l’hyperconsommation d’aujourd’hui : c'est sûrement l’instinct dont rêveraient les industries de l’agro-alimentaire, celui qui nous autoriserait à acheter sans modération leurs produits, mais ce n’est sûrement pas notre instinct tel qu’il est dans les faits. L’homme préhistorique ne cueillait pas des pains au chocolat dans les arbres, ni même des morceaux de sucre raffiné pour les mettre dans l’eau qu’il buvait, il ne raffolait pas de pain, des farines et des friandises dont il n’avait jamais entendu parlé, et le fruit de sa chasse ne se présentait pas sous la forme d’un kébab ou d’un Macdonald, avec des steaks congelés, décongelés, bourré d’hormones, de conservateurs, provenant d’animaux nourris aux maïs et aux médicaments plutôt qu’à l’herbe, noyés dans diverses sauces aux mêmes caractéristiques et coincés entre deux tranches de pain modifié génétiquement pour obtenir un composé 40 fois plus riche en gluten, et le tout cuit dans des huiles de fritures.

 

Comme l’expliquent nombre de nutritionnistes s’intéressant à l’évolution de l’espèce humaine, des produits comme les sucres raffinés ou des certaines graisses industrielles sont pour nous un piège de l’évolution, parce que nous sommes programmés pour avoir une certaine appétence pour le gras et le sucré pour devoir faire face à des périodes d’abondance et à des périodes de restrictions, comme c’était le cas lorsque nous étions soumis à l’alternance des saisons et que nous n’avions pas de moyen de stocker la nourriture. Nous dépendions alors uniquement des résultats de la chasse ou de la cueillette : dans ces conditions, il était nécessaire de manger plus par période et de jeûner à d’autres. Le corps est donc fait pour stocker lorsque la nourriture est abondante, et il n’est pas parfaitement adapté à une situation où la nourriture non seulement n’a plus rien de naturel, mais en plus est surabondante de façon chronique.

 

C'est pourquoi l’obésité est un problème de civilisation, un problème qui explose dans les sociétés occidentales, alors qu’il était jusqu’alors inconnu. Comment, dans un tel contexte, peut-on écrire : « Pourquoi vouloir dire aux Français comment ils doivent manger, alors que tout être humain est naturellement équipé des systèmes de régulations qui le conduisent à manger de façon adéquate? » ? Si nos systèmes de régulations nous permettaient effectivement de spontanément manger de façon adéquate, on n’assisterait pas à l’explosion de l’obésité que connaissent tous les pays occidentaux. Et même s’il n’existait qu’un seul cas d’obésité dans le monde, force est de constater que, pour cet individu, le système de régulation naturelle n’aurait pas fonctionné.

 

Face à l’augmentation de l’obésité, face à l’impact particulièrement nuisible des industries agroalimentaires qui poussent à la surconsommation au renfort de matraquage publicitaire et de lobotomisation des cerveaux à l’aide d’études « scientifiquement prouvées » pour vous vanter les « bienfaits » de leur poison, l’argument 100% psy ne tient pas longtemps. D’ailleurs, à ce propos, les chiffres parlent d’eux-mêmes : si l’obésité était seulement le résultat d’une incapacité d’ordre psychologique à s’écouter soi-même, ceci signifierait qu’il y aurait une corrélation stricte entre l’augmentation de l’obésité et la prévalence de l’anxiété, de la dépression et de tous les autres problèmes « psy » qui pourraient conduire à ne plus être à l’écoute de ses sensations. Pourtant, lorsque l’on regarde les statistiques concernant les différents troubles psychologiques, force est de constater qu’ils n’ont pas progressé à la même vitesse que l’obésité : seule cette dernière a littéralement explosé.

 

On pourrait toujours imaginer l’objection selon laquelle ce n’est peut-être pas qu’il y a plus de problèmes psy, mais que ceux-ci s’expriment différemment qu’avant, qu’ils s’expriment plus à travers notre rapport à la nourriture, pour des raisons sociologiques (par exemple parce qu’il y aurait plus une obsession du corps). Bien sûr qu’il existe des raisons sociologiques aussi, car pour des phénomènes complexes comme ceux-ci, tout le niveau de compréhension sont requis si l’on veut avoir une vue d’ensemble. Mais on peut considérer l’influence de la culture d’une autre façon que celle-ci qui met l’accent sur la culpabilisation : des phénomènes sociétaux comme la transformation rapide de notre alimentation, l’explosion de la consommation d’aliments industriels, transformés, et l’explosion de la consommation de glucide sont corrélés à l’explosion de l’obésité. Dans l’histoire humaine, la valorisation de l’abstinence l’a de loin emporté sur la valorisation de la consommation. Pensez au Moyen-âge : des messages vous enjoignant du matin au soir à vous faire plaisir, à craquer pour un petit péché mignon aurait été inconcevables, la règle était l’abstinence, le renoncement, l’abnégation de soi. C'est avec l’apparition de la publicité qu’il est devenu culturellement banal d’être invité quotidiennement à succomber à ses compulsions (mais pas pour le produit de la marque concurrente bien sûr : pour la nôtre !). Le mouvement GROS, de ce point de vue, ne s’inscrit pas du tout en opposition à la tendance actuelle, car cette tendance actuelle consiste à d’abord se faire plaisir, quitte à en payer les conséquences ensuite.

 

Cette explosion de l’obésité prouve que, qu’on le veuille ou non, oui il existe bel et bien des mauvais aliments et oui il existe une mauvaise alimentation. Cette mauvaise alimentation est non seulement nuisible à l’organisme, mais en plus elle produit des dérèglements endocriniens et hormonaux qui font qu’on ne peut plus simplement se fier à nos sensations et être à l’écoute de notre corps pour bien manger. Les signaux qu’émet ce dernier sont complètement tronqués, comme nous allons le voir. Voici une liste, non exhaustive, d’au moins 5 raisons qui font qu’il est dangereux pour l’organisme d’écouter les signaux que celui-ci envoie : dérèglements hormonaux et métaboliques (résistance à l’insuline et hypoglycémie réactionnelle), problèmes au niveau de la flore intestinale, intolérances alimentaires, excès de toxicité de l’organisme qui induit des inflammations et donc des difficultés psychologiques. Passons les en revus.

 

- Les dérèglements hormonaux : parmi les nombreux dérèglements hormonaux, nous citerons les deux plus répandus, mais qui vont généralement de pair avec les autres (car un seul dérèglement entraine une cascade de réactions par lesquelles l’organisme tente de compenser). Selon différentes études rapportées par le Dr David Perlmutter dans « Ces glucides qui menacent notre cerveau », ou par le Dr Jason Fung dans « Le jeûne », la résistance à l’insuline toucherait 90% de la population occidentale. Cette résistance à l’insuline est le résultat direct d’une alimentation trop riche en glucides. Lorsque les taux de glucides dans le sang sont élevés en permanence, l’organisme a en continu des taux d’insuline élevés, car l’insuline est cette hormone qui a pour fonction, entre autres, de faire rentrer ce sucre dans les cellules. Le corps développe alors ce qu’on appelle une résistance à l’insuline : il devient insensible à cette hormone, un peu comme un corps trop exposé à une substance extérieure comme de l’alcool finit par s’y accoutumer, devient moins sensible à une même dose. Sauf qu’il ne s’agit pas là d’une substance extérieure et nocive, mais d’une substance que le corps fabrique lui-même parce qu’il en a besoin. Seulement, comme une hormone n’a rarement qu’une seule fonction, de trop fortes doses d’insulines seraient utiles sur un plan (pour faire rentrer le sucre en excès dans les cellules), et dans un même temps s’avèrerait nuisible d’autres niveaux (par exemple au niveau cérébral, l’excès d’insuline occasionne le développement de troubles cognitifs, de démences et d’Alzheimer). D’où la nécessité pour l’organisme de réguler ses taux d’hormones. La résistance à l’insuline peut donc, à terme, peut évoluer vers le diabète de type 2. Dans cette forme de diabète, la quantité de sucre dans le sang est trop élevée, et l’individu se sent fatigué et a du mal à résister à des fringales puisque ses cellules n’arrivent pas à tirer parti de ce sucre pourtant en excès.

 

Classiquement, les diabétiques se voient expliquer qu’il n’existe pas de remède contre cette maladie dont on peut seulement retarder l’évolution, et ils se font prescrire des médicaments qui favorisent la synthétisation de l’insuline par l’organisme. Et quand ces traitements ne suffisent plus parce que, en présence de plus d’insuline, la résistance à l’insuline s’accroît à nouveau, ils doivent directement s’injecter de l’insuline. Le Dr Jason Fung, médecin américain spécialisé dans la prise en charge du diabète, s’insurge contre cette façon de faire, qui selon lui revient à croire que l’on peut soigner le mal par le mal : on aggrave les choses en ajoutant encore de l’insuline alors que si l’organisme avait finit par développer une résistance à cette hormone, c'est précisément parce qu’elle était déjà présente en de trop grandes quantités. Ce n’est alors pas étonnant que le problème ne fasse que s’aggraver et qu’il faille alors augmenter les doses. Le Dr Jason Fung propose donc à ses patients de reprendre le problème à la base : pourquoi, à l’origine, les taux d’insuline sont constamment élevés ? Parce que l’individu consomme trop de glucides. Et pourquoi il consomme trop de glucides ? Parce qu’une fois que le mécanisme de résistance à l’insuline s’est mis en place, il n’arrive plus à assimiler les glucides qu’il consomme, il se sent en hypoglycémie et donc il consomme encore plus de glucides pour combler ce déficit, et c'est ainsi que débute la spirale infernale dans laquelle se succèdent des phases de pseudo-boulimiques et des crises hypoglycémies à répétition.

 

Le Dr Fung propose donc de couper le mal à la racine en supprimant totalement le sucre de l’alimentation, afin que l’organisme réapprenne à fonctionner sur ses propres réserves de graisse, au lieu qu’il soit complètement dépendant de l’apport de sucre qui est continuel (il y a une corrélation très nette entre l’augmentation du nombre de repas dans la journée au cours du 20ème siècle, l’augmentation de la consommation de glucide et l’augmentation de l’obésité : nous sommes passé de deux repas par jour à 4 à 6 petits repas par jour, si l’on compte les grignotages, parce que les glucides sont digérés plus vite que les graisses et qu’on ne sait plus s’en passer : c'est une addiction généralisée). Et quel est le meilleur moyen pour n’avoir plus aucun sucre dans le sang et pour passer en cétose (c'est-à-dire fonctionner uniquement en brulant ses réserves de graisse ?) : le jeûne.

 

En coupant toute alimentation pendant 2 à 3 semaines, les patients qui se croyaient atteints d’une maladie incurable, et qui étaient diabétiques parfois depuis plusieurs dizaines d’années, procèdent à un rééquilibrage hormonal sans précédent. Il faut attendre 3 jours de jeûne pour que le corps passe en cétose (c'est pour cette raison qu’il serait dommage de s’arrêter vers le 4ème jour : c'est s’arrêter au moment où il devient plus facile de jeûner, du moins du point de vue de la faim, et alors que le processus de rééquilibrage n’est pas fini, comme l’explique le Dr Fung dans son livre « La méthode du jeûne »). Au-delà de ces 3 jours, l’hypoglycémie et la faim disparaissent, parce que l’organisme est programmé pour pouvoir fonctionner à partir de ses réserves de graisse lorsqu’il se retrouve en période de famine. C'est un processus inscrit dans notre patrimoine génétique, car hérité de l’évolution : l’homme le partage avec tous les autres animaux. La conséquence est, que d’un point de vue physiologique, c'est comme si toutes leurs pendules étaient remises à l’heure en même temps : les taux d’insuline s’abaissent et, fait notable, ils ne remontent pas autant qu’avant après la reprise alimentaire, donc l’effet bénéfique est durable. L’individu, par la suite, arrive alors beaucoup plus facilement à modérer son alimentation, il peut se contenter de seulement « écouter son corps », comme le proposent les thérapies GROS (chose qu’environ 90% de la population ne peut pas faire à l’heure actuelle, puisqu’il est estimé que 90% de la population souffre de problèmes de résistance à l’insuline. Et on peut supposer sans trop prendre de risque que les 10% épargnés ne sont pas ceux qui souffrent le plus de problèmes de poids).

 

Par ailleurs, le fait que le taux de sucre non assimilé par les cellules soit trop vite stocké sous forme de graisse (afin qu’il reste trop longtemps dans le sang, car ceci a aussi des conséquences néfastes) aboutit à un deuxième problème lié à la résistance à l’insuline : c’est ce qu’on appelle une hypoglycémie réactionnelle. Lorsqu’elle consomme des glucides et en particulier des sucres rapides, la personne souffrant d’hypoglycémie réactionnelle a une brusque montée d’insuline, qui est consécutive au pic de glycémie : la montée de la glycémie était trop rapide, et sa chute est également trop brusque. Le problème est que si redescente de la glycémie est trop rapide, l’individu se retrouve en hypoglycémie alors qu’il ne devrait pas, puisqu’il n’a parfois même pas fini de digérer son dernier repas. C'est donc une hypoglycémie artificielle, liée à un déséquilibre hormonal, qui envoie des faux signaux de faim. Mais il ne s’agit pas à proprement parler de boulimie, malgré les apparences : si la personne se jette sur la nourriture alors qu’elle a mangé un gros repas à peine 1h30 à 2h00 avant, ce n’est pas (ou pas seulement) parce qu’elle serait sous l’emprise d’une émotion négative qu’elle veut ignorer, parce qu’elle aurait un vide à combler, ou parce qu’elle aurait besoin d’assouvir une compulsion à se culpabiliser en se reprochant de manger des « mauvais » aliments : elle se bâfre parce que son métabolisme est déréglé. L’explication est donc d’abord physiologique, bien que le physiologique s’accompagne  aussitôt de répercussions psychologiques. L’hypoglycémie réactionnelle  rappelle énormément les processus propres aux addictions : l’individu, au cours d’une même journée, peut plusieurs fois de suite éprouver des véritables symptômes de manques pendant les phases hypoglycémiques (fatigue, vertiges, irritabilité, maux de ventre, etc.), et un soulagement immédiat lorsqu’il obtient sa dose de sucre.

 

Vous comprenez donc pourquoi, pour des personnes qui souffrent de ces problèmes de résistance à l’insuline ou d’hypoglycémie réactionnelle, le conseil de manger de ce que l’on veut quand on veut et de s’ouvrir à son corps en écoutant les messages qu’il envoie est totalement inadapté. Non seulement manger du sucre ne fait aggraver le mal, mais en plus, si la personne écoute son corps, elle mangera en quantité des aliments dont elle n’a pas réellement besoin, et qu’elle n’assimile de toute façon pas puisqu’ils terminent directement stockés sous forme de graisse, avant même d’avoir eu le temps d’être utilisés comme carburant pour les activités quotidiennes. Un patient qui essaierait quand même cette méthode malgré ses réticences ne pourra que finir par conclure de cette expérience : « j’ai suivi votre conseil, j’ai pris 3 kilos en 5 jours, alors j’ai décidé d’arrêter le massacre ». J’ai déjà un psychologue ne voulant pas renoncer à cette théorie me répondre, lorsque j’évoquais cette possibilité, que si jamais cela se produisait c'est que la personne aurait « mal fait » ce processus, qu’elle n’aurait « pas vraiment écouté ses réels besoins » : si ça ce n’est pas une remarque culpabilisante !

 

- problèmes au niveau de la flore intestinale : vous avez peut-être déjà entendu la nouvelle expression à la mode, celle selon laquelle l’intestin serait notre « 2ème cerveau ». De plus en plus d’études, depuis une quinzaine d’années, démontrent l’impact de l’alimentation et de la flore intestinale sur notre humeur, sur nos capacités cognitives et nos prises de décisions. Une des raisons est que certains des récepteurs qui sont trouvent à la surface des parois des intestins sont des neurones : c'est-à-dire que ce sont des cellules dont le noyau se situe directement dans le cerveau, et dont les dendrites sont extrêmement longues, puisque leurs récepteurs tapissent les parois de l’intestin. Il n’y a donc pas d’intermédiaire : un message capté par leurs synapses arrive beaucoup plus rapidement au cerveau que s’il devait passer par une succession de cellules se relayant le message, et au besoin le modulant. C'est également pour cette raison que les bactéries qui composent notre flore intestinale ont un moyen d’action direct sur le cerveau, et ce moyen d’action peut être bénéfique comme nuisible, selon qu’il s’agisse de bonne ou de mauvaises bactéries.

 

Or, parmi ces influences que peut avoir notre flore intestinale, on peut citer celui que Giulia Enders décrit  dans son best-seller « Le charme discret de l’intestin » : celui de nous faire désirer d’un aliment en particulier. Lorsque vous mangez des aliments sains, les bonnes bactéries vont s’en nourrir également et vous aider dans le travail de digestion, car elles décomposent des nutriments que l’organisme n’arrive pas à décomposer lui-même : elles nous « mâchent le travail » au sens propre du terme. Mais lorsque nous mangeons des aliments peu sains, qui n’étaient pas faits pour l’organisme à la base, le corps arrive encore moins à les digérer seul que les aliments sains, et il y a alors prolifération de mauvaises bactéries, qui peuplent la paroi des intestins, produisent des déchets sans nous permettre d’assimiler l’aliment en question, puis réclament à nouveau ces aliments néfastes pour l’organisme. Ce qui se produit alors est que ces bactéries vont, par l’intermédiaire des longs neurones, pouvoir envoyer directement au cerveau un message nous donnant une appétence pour un aliment en particulier. Donc finalement, lorsque nous nous nourrissons de cet aliment, ce n’est pas seulement nous que nous nourrissons, mais c'est plutôt les parasites bons ou mauvais que nous avons dans notre corps. Et plus ce parasite est bon, plus il y a une coopération qui est bénéfique aux deux, nous le nourrisson mais il nous permet aussi de nous nourrir. Par contre, dans le cas où il s’agit de mauvaises bactéries, nous nous épuisons dans le travail de digestion pour au final les nourrir elles mais sans que nous en retirions tant de forces que cela.

 

C'est une des raisons pour lesquelles beaucoup se sentiront fatigués, comme s’ils manquaient d’énergie alors qu’ils viennent en plus de se fatiguer à digérer pendant de longues heures (pour plus d’informations à ce sujet, vous pouvez regarder les vidéos de Thierry Casanova sur Youtube qui explique pourquoi nous confondons presque tous digestion et assimilation : ce n’est pas parce que nous digérons un aliment que nous en profitons, beaucoup d’aliments trop gras, trop sucrés ou chimiques ne font que nous traverser et alimenter les parasites qui sont en nous, mais sans pour autant nous nourrir nous). Beaucoup d’entre vous l’on peut être déjà expérimenté sans le savoir, sans pouvoir donner d’explication à ce phénomène : lorsque l’on mange souvent d’un aliment, on finit par plus l’apprécier et par en redemander. Ceci vaut en période où l’on mange moins sainement, mais ceci marche aussi dans l’autre sens : si vous vous remettez à manger des légumes, au bout de 10 à 15 jours il n’est pas rare que vous commenciez à plus les apprécier. C'est parce que, en arrêtant la malbouffe, vous affamez les bactéries qui réclamant de la malbouffe, donc leur population finit par décroitre et les signaux qu’elles envoient sont moins forts. Et dans le même temps vous faites croitre une population de bonnes bactéries qui réclament des légumes, et en retour du service rendu vous pré-digère des aliments que vous assimilez ensuite plus facilement. Et vice-versa. Toujours convaincu qu’il faut réapprendre à « écouter son corps » et que c'est donc pour de bonnes raisons que l’on a envie de tel aliment particulier ? Attendez, ce n’est pas finit, il reste encore deux contre arguments.

 

- les intolérances alimentaires : ce point est lié aussi en partie à un déséquilibre au niveau de la flore intestinale, l’intolérance à un aliment pouvant être aussi bien la cause que la conséquence de ce déséquilibre. Soit l’aliment n’est pas absorbé parce qu’il n’est pas dégradé par les bactéries qui sont insuffisantes en nombre pour aider au processus de digestion, soit l’organisme ne peut pas l’absorber pour une autre raison, et ce sont des mauvaises bactéries qui se nourrissent alors de l’aliment non assimilé qui commence à se putréfier, puis elles en redemandent. Mais dans les deux cas, le résultat est le même : un individu qui est intolérant à un aliment aura plus envie de le consommer. Ce qui est paradoxal puisque son corps le réclame bien qu’il ne l’assimile pas. Par exemple, nombreuses sont les personnes qui adorent les laitages ou le fromage qui pourtant les digère mal (sans forcément en être conscientes d’ailleurs : il n’y a parfois pas de symptômes visibles, bien qu’on puisse observer ces effets néfastes au niveau de la flore intestinale).

 

Une hypothèse avancée parfois est que si le corps n’arrive pas à assimiler quelque chose, il en redemande pour combler le manque de nutriment qui s’ensuit (je ne sais pas si cette hypothèse est celle qui était en vogue avant qu’on découvre l’importance de la flore intestinale sur la digestion, ou si elle est toujours d’actualité). L’autre hypothèse est la même que celle cité à partir du livre « Le charme discret de l’intestin » : ce qui n’est pas assimilé par l’organisme l’est par notre flore intestinale, et ce serait parce que nos bactéries redemandent de l’aliment en question que nous le désirons à nouveau, bien que nous ne l’assimilions pas. Lorsqu’un produit est mal assimilé, il n’est pas forcément évacué par les selles (ce qui serait moins grave car il y aurait alors certes une fatigue digestive, mais sans prise de poids) : il peut arriver que l’organisme n’arrivant pas à l’utiliser le produit de la digestion le mette de côté, le stocke sous forme de graisse, comme s’il reportait le travail à plus tard. L’individu se sent alors sans énergie, comme s’il n’avait pas mangé, alors qu’il est en plus en train de grossir : c'est être perdant sur les deux plans à la fois.

 

Mais plus préoccupant encore est le fait certaines intolérances alimentaires ne seraient peut-être pas simplement fréquentes (comme c’est le cas pour l’intolérance au lactose, qui toucherait entre 20 et 30% des adultes français), mais seraient généralisées. C'est l’hypothèse que défend le Dr David Perlmutter dans son livre « Ces glucides qui menacent notre cerveau », lorsqu’il pose la question : ne serions-nous pas tous quelque part intolérants aux céréales, et en particulier au gluten ? Il montre en effet que l’excès de consommation de gluten aboutit à une perméabilité intestinale : la barrière intestinale ne filtre plus correctement, ce qui laisse des corps étrangers néfastes pour l’organisme passer de l’autre côté de la barrière. Or cette perméabilité étant invisible de l’extérieur, beaucoup de personnes pensent à tort ne pas souffrir de leur consommation de gluten et déclarent « je n’ai pas besoin d’arrêter comme je ne suis pas intolérant ». Là où ils font erreur, c'est que la maladie cœliaque n’est pas du tout le seul symptôme qu’occasionne le gluten, c'est seulement un symptôme qui apparait dans les formes les plus graves de l’intolérance et qui est un des plus visible.

 

On sait depuis moins d’une dizaine d’années que l’intolérance au gluten peut toucher n’importe quel organe, même quand l’intestin grêle est épargné, en provoquant des inflammations. Les principaux méfaits du gluten s’observent plutôt au niveau neurologique qu’au niveau de l’intestin, car le cerveau est affecté par les résidus de ces inflammations, et parce qu’il peut même être lui-même enflammé. Selon les études citées par le Dr David Perlmutter, ces troubles neurologiques sont: troubles psychiatriques, dépression, démence, Alzheimer, hyperactivité de l’enfant, sclérose en plaques, autisme, schizophrénie, troubles bipolaires, etc. La question est alors « pourquoi, si le gluten est si nocif pour la santé, nous raffolons tous de gluten ? Pourquoi n’y a-t-il pas un signal dans l’organisme qui nous avertit que celui-ci est nocif pour nous ? ». Ceci s’explique par le fait que cette substance a un côté addictif, et c'est parce que les industries agroalimentaires l’ont bien compris qu’en seulement quelques dizaines d’années elles ont multiplié par 40 la quantité de gluten présent dans l’alimentation, afin de rendre dépendant les consommateurs pour les pousser à la acheter (et pendant ce temps, notre patrimoine génétique a encore moins eu le temps d’évoluer pour nous permettre de nous adapter à cette modification que ces 10.000 dernières années où il n’a pas eu le temps de s’adapter à l’apparition de l’agriculture) :

 

« Si après avoir mangé un bagel, un petit pain au lait, un beignet ou un croissant vous sentez monter en vous une sensation de plaisir, vous ne rêvez pas et, croyez moi, vous êtes loin d’être un cas isolé. Depuis la fin des années 1970, nous savons que le gluten se dégrade dans l’estomac pour former un mélange de polypeptides capables de franchir la barrière hémato-encéphalique et de se fixer ensuite sur les récepteurs cérébraux de la morphine, provoquant une sensation de plaisir. C'est à ces mêmes récepteurs que se lient les opioïdes, induisant un effet agréable pouvant toutefois générer une dépendance. […] Nous savons que l’activité de ces exorphines peut être stoppée par la naloxone et la naltrexone, des inhibiteurs des opioïdes endogènes et exogènes – utilisés dans les traitements contre les addictions à l’héroïne, à la morphine et à l’oxycodone […]. Vous comprenez maintenant pourquoi les industries agroalimentaires incorporent le plus de gluten possible dans leurs produits. Vous concevez également pourquoi autant de personnes sont complètement accros aux aliments riches en gluten […]. Le gluten est pour nous ce que le tabac représentait pour les générations qui nous ont précédé » (Ces glucides qui menacent notre cerveau, p. 102-104).

 

- Niveau de toxicité de l’organisme trop élevé : les quatre points précédents concourent tous à ce que le niveau de toxicité de l’organisme s’accroisse dans des proportions démesurées. Les différents déchets s’accumulent déjà si l’alimentation saine mais en quantité trop importante pour que l’organise suive la cadence, mais ils s’accumulent surtout lorsque l’alimentation est chimique, transformée, provoquant des perturbations au niveau endocrinien. Normalement les reins devraient pouvoir filtrer ces déchets. Les reins ont en effet une double fonction : filtrer les déchets provenant de l’extérieur, à travers de l’alimentation, et filtrer les déchets venant de l’intérieur, ceux qui avaient été mis de côté un jour où les déchets apportés par l’alimentation était trop importants pour être filtrés sur le moment. Seulement, il ne peut pas faire de choses à la fois : quand il filtre ce qui vient de l’alimentation, et surtout si celle-ci est toxique, il est obligé de reporter à plus tard ce qui vient de l’intérieur. Ce n’est qu’en période de jeûne, par exemple la nuit, que ce travail peut reprendre, après que la digestion soit finie. Mais le problème est que pour beaucoup de personne, ce travail est à peine commencé qu’il est interrompu dès le réveil, lorsque l’individu prend son petit déjeuner. De même que l’organisme n’a pas le temps de vider ses réserves de sucre dans le sang avant d’en remettre, il n’a pas le temps d’évacuer les déchets de la veille avant d’en reproduire de nouveaux. C’est pourquoi d’autres organes prennent parfois le relai, et apparaissent des problèmes de peau (exéma, acné, etc.), de sinusites à répétition, de diarrhée, etc. Mis à part manger plus sainement, une autre solution est de temps à autre réaliser un jeûne plus long, pour soulager le corps du travail de digestion qui consommerait entre 30 et 50% des calories que nous ingurgitons chaque jour. Ainsi, il dispose de plus d’énergie pour procéder à ce grand nettoyage interne. Les personnes qui ont tenté l’expérience en ressortent en général avec une meilleure peau, un meilleur sommeil, un meilleur moral, l’air plus jeunes, avec quelques kilos superflu en moins, voir avec des maladies plus graves comme des tumeurs ou des troubles psychiatriques en moins. Le Dr Fung, dont nous parlions au sujet du diabète, a montré dans ses études qu’en plus il n’y a quasiment pas de reprise de poids ensuite pour la grande majorité de ses patients, à condition qu’ils aient jeûné suffisamment longtemps, idéalement entre deux et trois semaines (dès qu’un jeûne dépasse 5 jours, il vaut mieux le faire accompagné, en ambulatoire ou, mieux encore, lors d’un séjour de jeûne).

 

 

En conclusion de ces 5 points, on peut dire que si la plupart des régimes proposés ces 60 dernières années ont échoués, ce n’est du fait de la diététique, mais du fait de l’application de mauvais conseils diététiques, une diététique qui était encore trop dépendante des différents lobbys (voir par exemple notre article sur la classification des différents régimes). Comme le dit le Dr David Perlmutter « Comme par ironie, depuis que la nutrition fait l’objet d’études scientifiques poussées, nous avons de plus en plus de problèmes de santé. Aujourd’hui, nos choix en termes d’alimentation ne reposent plus sur des habitudes ou un héritage culturel, mais sur des théories à courte échéance, qui tournent autour d’un point central : l’intérêt commercial. Il serait en effet naïf de croire que votre santé est la préoccupation première des industriels qui fabriquent les céréales pour le petit-déjeuner » (Ces glucides qui menacent notre cerveau, Edition Marabout, p. 114).

 

Mais comme, heureusement, depuis une dizaine d’années l’information est meilleure (notamment grâce à internet et Youtube qui donne une voix à des personnes qui ne sont pas reçues dans les grands médias), les choses sont en train de changer, les pratiques évoluent et des études, parfois anciennes mais qui jusque-là avaient été largement ignorées, commencent à se faire connaitre. Et de nombreux médecins, nutritionnistes et neurologues, dans des travaux récents, redécouvrent et donnent des bases scientifiques à des vérités qui avaient été découvertes empiriquement - donc sans qu’on ait forcément l’explication scientifique - en naturopathie, en hygiénisme ou dans d’autres courants de médecine alternative. Ces faits avaient étés ignorés par la médecine officielle de l’époque, car c’était la période où les médicaments venant d’être découverts, l’engouement général pour les progrès de cette nouvelle médecine avait fait oublier pour un temps les méthodes naturelles et la complémentarité des approches.

 

On peut donc en conclure que oui, dans l’absolu, il existe des régimes meilleurs que d’autres, et d’un point de vue particulier (car en nutrition, il faut rappeler que chaque cas étant unique, ce qui marchera pour l’un ne marchera pas forcément pour l’autre), il existe aussi des régimes qui seront plus adaptés à votre cas. Mais il reste très difficile de changer de régime alimentaire, parce qu’il faut premièrement affronter aussi bien la force des habitudes que les normes que nous avons intériorisés depuis l’enfance, qui nous ont été dès le plus jeune âge imposées par les différentes figures d’autorités telles que les parents, les médecins ou les médiats. Mais, de plus, il est difficile de changer de régime aussi pour des raisons pratiques, par exemple parce qu’on ne sait pas par quoi remplacer les anciens aliments, ou parce que l’on peut se faire piéger à de multiples reprises en mangeant des aliments qu’on croyait non transformés ou sans sucre (alors que la très grande majorité des aliments que l’on trouve dans le commerce sont transformés et avec sucres cachés). C'est pourquoi, pour toutes ces raisons, il peut être bénéfique de se faire aider dans cette voie par un professionnel, diététicien ou nutritionniste. Reste à bien vous renseigner pour choisir le bon car, comme la diététique est une discipline qui évolue vite depuis une dizaine d’années, beaucoup de diététiciens pratiquent encore des régimes dépassés, qui datent des années 70 à 2000 : ce sont ceux-là qui ont contribué à l’augmentation de l’obésité et du diabète par l’augmentation des glucides, et c'est à cause de ce type de mauvaise recette que les régimes n’ont plus bonne presse.

 

Si vous suspectez que vos difficultés à gérer votre alimentation ont aussi une racine émotionnelle, cela ne vous empêchera pas de consulter par ailleurs un psychologue. Comme nous l’avons montré dans cet article, les problèmes de poids s’inscrivent dans le champ du psychosomatique, c'est-à-dire à la frontière entre le psychologique et le physiologique. C'est pourquoi il est tout à fait concevable d’imaginer que certaines des personnes qui souffrent d’hypoglycémie réactionnelle avaient, avant de développer ce problème, des difficultés à limiter leur alimentation pour des raisons qui, elles, étaient bien d’ordre psychologique. Seulement, pas aidés par l’offre alimentaire qui les entoure, leur suralimentation a évolué vers un problème qui a finit par dépasser la simple sphère psychologique, en engendrant des dérèglements métaboliques durables. Dans ces cas, l’approche psychologique aurait pu suffire au début, mais ce n’est désormais plus le cas. Elle reste conseillée, car si quelqu’un résous ses problèmes d’insulino-résistance et d’hypoglycémie réactionnelle, mais malgré ça continue de ne pas savoir distinguer la vraie faim et les signaux que sont corps envoie et qui, cette fois-ci, devrait être dignes de confiance car rétablis, c'est qu’il y a bien un autre problème qu’un problème simplement métabolique.