Types de consultations possibles chez le psychiatre

Selon ses références théoriques et sa personnalité, les façons de travailler peuvent être très différentes d’un psychiatre à l’autre (et il en va de même pour les psychologues et psychothérapeutes). C’est une chose importante à retenir, pour choisir de s’engager avec la bonne personne, celle qui a une conception de son travail qui correspond à ce que vous attendez des consultations.

 

Par exemple, s’il est plus attentif à la dimension relationnelle qu'à celle médicale, il se peut que votre psychiatre vous propose de continuer à le voir, mais sans vous prescrire de traitement, ou sans que chaque consultation ait pour unique but de renouveler l’ordonnance. En effet, comme la plupart des psychologues proposant des consultations en libéral, le psychiatre est aussi psychothérapeute (vous trouverez plus de détails sur la définition du psychothérapeute dans la partie « psychologue »). Autrement dit, le psychiatre a une « double casquette », et donc, selon ses sensibilités, il pourra - ou non - vous proposer des séances plus longues et plus régulières, ce qui est la condition pour qu’un travail d’introspection puisse se faire. Si, au contraire, votre psychiatre ne vous reçoit qu'un quart d'heure par mois,  il vous reçoit alors en tant que médecin et non comme psychothérapeute (puisqu’il combat la souffrance par un moyen médical et non psychologique), ce qui veut dire que le but fixé par le psychiatre n'est pas la connaissance et compréhension du patient par lui-même.

 

Cette façon de procéder n’est ni bonne ni mauvaise en elle-même, ceci dépend de chaque situation. Parmi les raisons conduisant à mettre en avant la démarche médicale, il y a toutes celles où un traitement médicamenteux est nécessaire, parce que les troubles sont trop importants, amènent trop de souffrance pour que le patient puisse s'en sortir au moyen d'une psychothérapie seule. Mais il peut y avoir aussi des moins "bonnes raisons" : par manque de temps face à trop de demandes de rendez-vous, ou pour des raisons lucratives (écouter parler prend plus de temps que rédiger une prescription). Ce peut être aussi simplement parce que le psychiatre accorde moins d’importance à la parole, a moins confiance en les résultats des psychothérapies en général, et a donc une pratique de son métier mettant l’accent plutôt sur ses aspects médicaux et techniques. On parle alors de « médicalisation de la psychiatrie » pour désigner ce mouvement actuel qui met l’accent sur l’aspect médical de ce métier, au détriment de sa dimension psychologique : la psychiatrie étant une discipline scientifique se situant au carrefour de deux domaines, l’un relevant des sciences dites « dures », l’autre des sciences humaines, chaque professionnel peut la tirer du côté qui correspond le plus à sa vision du monde.

 

Cette façon de pratiquer peut néanmoins parfaitement correspondre aux besoins de certaines personnes, par exemple celles qui, après des années de psychothérapies moyennement réussies, sont lassées de parler d’elles, celles qui ont perdu espoir, celles qui considèrent qu’il est encore trop tôt pour parler, ou au contraire trop tard, ou encore celles qui n’en ont tout simplement pas envie, par pudeur, parce que c’est trop difficile, par manque de confiance en autrui, ou pour diverses autres raisons (c’est peut-être dommage pour certaines, mais c’est leur choix, et tout ce que le psychiatre peut alors leur proposer alors est de les accompagner au mieux dans celui-ci).

 

D’autres psychiatres préféreront vous recevoir moins régulièrement pour un autre motif que ceux cités précédemment, et qui lui aussi peut sembler tout à fait légitime : ils ne négligent pas la relation, la parole et le travail d’introspection, mais considèrent qu’il vaut mieux séparer le lieu où s’effectue ce travail de celui où vous recevez la prescription médicamenteuse. C'est-à-dire qu’ils préfèrent que vous voyiez le psychologue « pour parler » et le psychiatre « pour les médicaments », comme certains patients le résument.

 

Vous seriez alors en droit de me demander :

 

 « Mais pourtant, avec le psychiatre, ne serait-ce que pour qu’il sache quels sont nos symptômes et donc quel est le médicament qu’il nous faut, nous devons aussi parler, ne serait-ce qu’un minimum ? Ne pourrait-on pas alors faire « d’une pierre deux coups », en profitant de la consultation pour parler un peu plus précisément de soi au passage, plutôt que de risquer de se répéter d’un professionnel à l’autre ? ».

 

 

Effectivement, voir deux spécialistes est en apparence plus contraignant qu’un seul. C’est pour cette raison que certains psychiatres vous recevront pour vous proposez simultanément un « traitement par la parole » et un traitement médicamenteux (notamment si ce psychiatre pratique les Thérapies Cognitivo-Comportementales : dans ce type de thérapie, il y a moins d’inconvénient à ce  qu’un patient reçoive son traitement et sa thérapie d'un même professionnel). Cette façon de procéder est donc tout à fait défendable, mais l’autre, celle qui considère qu’il est délicat d’avoir une « double casquette » à la fois, l’est aussi.

 

En effet, selon l’individu à qui l’on s’adresse et le contexte, on ne parlera pas de la même façon, de même que la personne qui vous écoutera n’écoutera pas de la même manière. Prendre en compte ce critère est essentiel pour comprendre la personnalité de quelqu’un (sinon, un professionnel de santé trouverait tout ses patients narcissiques, puisqu’ils viennent parler d’eux à travers leurs troubles, et en présupposant en plus que cela intéressera leur interlocuteur !). Le psychiatre risquerait de ne pas écouter le patient de la même façon, de s’interroger ainsi :

 

« Il est angoissé aujourd'hui, devrais-je  finalement lui prescrire quand même du Lexomil ? A moins que, si cela risquait d’accroitre ses somnolences, du Xanax… ». Ce qui lui laisserait moins de temps pour se poser des questions comme « est-ce que c’est la pression que son compagnon/sa compagne lui met qui l’angoisse autant ? Et est-ce que cela l’angoisse autant car ça lui fait revivre la pression que tel parent lui a fait subir pendant son enfance ? Et est-il constructif ou non de lui soumettre cette hypothèse maintenant, ou ce n’est pas le moment ? ».

 

De même que le patient pourrait, de son côté, ne pas s’exprimer de la même manière selon qu’il est dans un contexte où il sait que celui à qui il s’adresse peut faire des prescriptions, et que ce qu’il va dire va éventuellement influencer le traitement qui lui sera proposé :

 

« Aujourd'hui, je vais insister sur mes angoisses pour avoir une boîte d’anxiolytiques de côté : même si je ne les consomme pas, ça me rassure d’en avoir sur moi, au cas où j’aurais une crise d’angoisse ».

 

On comprend donc pourquoi, même si, du point de vue médical, le psychiatre aurait eu raison de faire cette prescription, en revanche, d’un point de vue psychologique, son interprétation (sur la pression subie pendant l’enfance) tomberait à côté : le patient se plaint, à lui, de ses symptômes, pour obtenir un objet contra-phobique (rassurant), comme il pouvait, enfant, se plaindre à ses parents, pour obtenir quelque chose de rassurant (le fameux "doudou" par exemple). Demander que le parent, puis le psychiatre plus tard, fasse quelque chose pour diminuer l’angoisse, c’est presque le contraire de l’hypothèse selon laquelle c’est le parent qui cause l’angoisse.

 

 

Enfin, un dernier point vous fera peut-être plus facilement comprendre pourquoi il pourrait être gênant que d’autres médecins que le psychiatre soient votre psychothérapeute (ou psychologue) : certains soins nécessitent le touché, la nudité, ou ont un fort impact sur la vie courante (une opération réussie, par exemple). Il vous paraîtrait peut être gênant de vous confier à celui qui vous a fait l’un de ces actes médicaux car, parfois, les personnes préfèrent séparer les domaines (ceci vaut aussi pour les domaines de la vie privée). Il peut donc en aller de même pour le psychiatre, qui, même s’il ne fait pas partie de la même branche de la médecine que le généraliste ou le chirurgien, reste médecin et donc, en rédigeant une ordonnance, pose un certain type d’acte médical (et de même que la réussite ou l’échec d’une opération chirurgicale perturberait la psychothérapie, car le psychothérapeute doit garder une certaine neutralité, de même la réussite ou l’échec d’une prescription pourrait perturber le cours de cette psychothérapie).

 

A vous donc de voir si vous vous reconnaissez ou non dans ce besoin de séparer les domaines pour choisir le type de prise en charge qui vous correspondrait. J’ajoute seulement qu’il n’y a pas d’incompatibilité à consulter pendant une même période deux professionnels différents : vous n'êtes pas obligés de choisir entre le psychiatre-psychothérapeute et le psychologue-psychothérapeute. Etre suivi par les deux peut même, au contraire, être  plus indiqué dans certains cas. Pour qu'une double prise en charge ne soit pas trop contraignante au niveau des horaires et d’un point de vue financier, il est possible de rencontrer le psychologue plus régulièrement (par exemple une fois par semaine pour avoir le temps de plus approfondir les sujets abordés), et d'aller aux consultations du psychiatre de façon moins soutenue, par exemple une fois par mois, pour renouveler l’ordonnance.

 

J’insiste sur tous ces détails car, trop souvent, on entend qu’il y a eu de mauvaises indications et que des patients ont eu donc un suivi qui ne leur convenait pas pendant des années, tout simplement par manque d’information (il arrive même qu’ils croient pendant des années avoir affaire à un psychiatre alors que c’est un psychologue, ou l’inverse, comme j’ai pu le constater dans ma pratique). En tant que professionnels, nous pensons forcément à notre métier tous les jours, et nous pouvons donc facilement oublier que ce métier n’est pas toujours connu du reste de la population. Pour cette raison, nombre de psychologues ou de psychiatres ne prennent pas la peine de préciser, ne serait-ce que brièvement, en quoi consiste leur profession. Ou, lorsqu’ils le font, ils ne prennent pas la peine de préciser au patient ce qui ne rentre pas dans leur domaine de compétence, les différentes professions qui existent autour de la leur, s'imaginant que si le patient veut consulter auprès d’une autre profession, il fera la démarche de lui-même. Ce qui est problématique si le patient, de son côté, s’en remet tout naturellement à l’autorité du professionnel, en croyant implicitement que ce dernier lui dirait s’il avait besoin d’une prise en charge complémentaire ou alternative.

 

Et ce qui complique encore les choses est que, dans certains cas, mais une minorité heureusement, certains psychiatres peuvent même être hostiles à la psychothérapie, et les psychologues ou psychothérapeutes hostiles à la psychiatrie et, au lieu de penser la complémentarité entre les professions, ils seront alors très partiaux dans les informations qu’ils donneront à des patients qui, de leur côté, accordent leur confiance en ces conseils, puisqu’ils sont prodigués par un « professionnel ».

 

 

Ainsi, le psychiatre pourra ne pas mentionner la possibilité de faire une psychothérapie, ou alors la déconseiller à des patients qui en auraient besoin. «  Trop remuer le passé à votre âge risque de vous faire plus de mal qu’autre chose, mieux vaut simplement continuer à prendre votre traitement», s’était vu expliquer un de mes patients, qui avait demandé à son médecin son avis sur le fait qu’il désirait entamer un travail sur lui-même, ressentait le besoin de régler certains problèmes du passé. Je lui ai expliqué qu’il n’était pas obligé d’avoir l’aval du médecin pour s’engager dans un travail d’inspiration psychanalytique, qu’il pouvait aussi faire confiance à son intuition, car lui seul est dans sa tête et donc lui seul peut ressentir certaines choses (après tout, c’est lui qui l’a vécu, ce passé, et c’est lui qui les a vécus, ces souvenirs). Ou alors, plus fréquemment, le psychiatre (ou généraliste, à qui souvent les patients potentiels demandent d’abord conseil) pourra être hostile, non pas aux psychothérapies en général, mais à un certain type de thérapie en particulier, qui intéresserait pourtant un patient. Il déconseillera alors soit les thérapies cognitivo-comportementales, soit la psychanalyse et les psychothérapies d’inspiration psychanalytique. Ce point peut aussi être vrai pour certains médecins généralistes. Cette réalité est une des raisons pour lesquelles j’ai préféré rédiger ces pages : ne pas être totalement neutre sur ce sujet, mais avoir ses préférences, est tout à fait normal, mais il ne faut pas que celles-ci empêchent les professionnels d’entendre les préférences du patient, et lui coupent l’accès à l’information.

 

Quant aux psychologues-psychothérapeutes, quelle que soit leur orientation théorique, une minorité est ouvertement hostile à la psychiatrie et, plus précisément, aux médicaments. Ces psychologues  voudraient donc quasi systématiquement ne proposer comme alternative que les psychothérapies (en général celles qu’ils pratiquent…). N’hésitant pas à rappeler que les psychiatres américains, les auteurs du DSM (un manuel de psychiatrie de référence dans beaucoup de pays) et les industries pharmaceutiques ont pu se faire des quantités colossales de bénéfices grâce à la vente de certaines molécules, ils oublient de préciser que ces dernières ont aussi pu profondément améliorer la qualité de vie de dizaines de millions de patients. S’il y a eu, et s’il y aura encore, certes, des dérives, des autorisations de mises sur le marché trop rapides, des erreurs liées au développement de cette science naissante, ou parfois des arnaques et de la manipulation d’information à grande échelle, il ne faut pas mettre pour autant tous les médicaments dans le même sac, simplement parce qu’ils peuvent se regrouper sous un même terme – « médicament » –, alors que par leurs compositions, leurs modes d’actions, leurs effets et leurs effets secondaires, ils sont profondément différents.

 

 

Trop soucieux de mener son combat idéologique pour pouvoir entendre votre réelle souffrance, le psychologue pourrait donc ne pas mentionner cette possibilité, ou la déconseiller systématiquement à tout patient qui l’interrogerait à ce sujet (or, avoir des réponses systématiquement identiques est problématique lorsque l’on pratique un métier où comprendre les différences et les particularités est à ce point central). Enfin, d’autres psychologues préféreront ne pas mentionner cette possibilité, ou ne pas répondre, pour une raison qui me semble meilleure, à certaines conditions : par souci de préserver leur neutralité, pour ne pas influencer par rapport à une question qu’ils considèrent devoir être réglée par vous. Le seul risque est que cette façon d’agir peut prêter à confusion si elle n’est pas explicitée, et elle peut être alors à l’origine des quiproquos cités ci-dessus, si le patient ne sait pas que son psychologue agit ainsi et ne connait pas les raisons de cette façon d’agir (d’où mon idée de créer ce site, afin que les patients sachent dans quoi ils s’engagent). Plutôt que d’être exagérément mutique, comme cela a pu être la mode à une époque, pour remédier à ce problème, le psychologue peut dire quelque chose comme « en tant que psychologue, par souci de neutralité, et n’étant pas médecin ni à votre place, je ne peux pas vous conseiller sur cette question. Si vous ressentez le besoin d’un traitement médicamenteux – ce que vous seul pouvez ressentir – alors mieux vos en parler avec un psychiatre » (au sujet de l’importance de la neutralité du psychologue, voir la partie sur le psychologue d’inspiration psychanalytique).


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