La psychanalyse: Introduction

Les psychothérapies d'inspiration psychanalytique

 

La liberté de parole au centre de la psychothérapie : à la différence des Thérapies Cognitivo-Comportementales (TCC), qui agissent principalement au moyen de l’analyse du présent et par la prescription d’exercices à réaliser lors des rencontres du psychologue ou entre chaque entretien, les psychothérapies psychanalytiques mettent au cœur de leur pratique la possibilité de pouvoir s’exprimer sur tous les sujets, sans devoir se censurer, sans être interrompu, sans que le psychologue ou le psychanalyste cherche à orienter le discours du patient dans la direction qui lui semblerait thérapeutiquement importante, ni ne donne son opinion personnelle, ou ne contredise. Cette attitude de la part du psychologue/psychanalyste s’explique par le fait qu’il veut avant tout laisser au patient le temps de réfléchir, de trouver les bons mots pour décrire et comprendre au mieux son propre ressenti, ses émotions et opinions. Le silence permettra donc au patient de décrire de façon plus plus précise et plus approfondie ce qu'il ressent, afin de mieux prendre conscience de certains sentiments ou mécanismes sur lesquels il n'a pas le temps de s'arrêter dans une conversation ordinaire, car ses interlocuteurs détournent son attention de ces problèmes trop tôt. D'autre part, ce silence laisse le temps au psychologue d'entendre et de comprendre ce qu'on essaye de lui dire, le message que le patient cherche à lui communiquer avec ses propres mots. Or pour que le psychologue comprenne et aide le patient à comprendre, il faut qu'en amont le patient ait pu s'exprimer. On pourrait donc comparer la psychothérapie à une coopération, car chacun y apporte sa contribution: en effet, le patient n'a pas fait d'étude de psychologie, mais c'est bien lui qui sait quels sont les problèmes qui l'ont conduit à consulter, qui sait quelle est la vie qu'il a vécue, quelles sont ses croyances, ses opinions, ses motivations. Le patient étant le seul dans sa tête, il est le seul à savoir si un mot qu'il utilise décrit exactement ce qu'il ressent, ou s'il faut qu'il en trouve un autre qui corresponde mieux, qu'il cherche encore une reformulation pour réussir à saisir et comprendre exactement ce qu'il ressent. Donc, pour réellement entendre ce dont le patient désire lui faire part, le message qu’il veut lui transmettre, le psychologue/psychanalyste doit quelque peu s’effacer (l'attitude inverse consistant à donner son opinion, ou à faire passer des questionnaires qui poseront des questions qui ne sont pas nécessairement celles que le patient se pose). En outre, cet effacement vise à adopter une posture neutre, disposant le psychologue à accueillir ce qui lui sera communiqué, sans préjugé ou idée préconçue. L'idée est donc d'aider le patient à "trouver ses propres réponses", à progresser dans son introspection en lui offrant un espace où le psychologue ne s'empresse pas de donner son opinion personnelle mais, au contraire, lui laisse le temps de réfléchir.

Cette attitude d'écoute et d'absence de jugement du psychologue/psychanalyste est appelée la « neutralité bienveillante ». Outre l’empathie et le secret professionnel qu’elle implique, cette neutralité est caractérisée par le fait que, comme le psychologue ou psychanalyste est extérieur aux situations qu'on lui rapporte, il peut écouter de façon plus distanciée que s’il était personnellement concerné: voilà autant de raisons pour lesquelles ce n’est pas la même chose de parler à un psychologue qu’à un ami, et que les « psys » ne sont donc pas réservés qu’à ceux qui n’auraient pas d’amis ! (même si, par ailleurs, certains amis savent bien écouter). La « neutralité bienveillante » conduit le psychologue ou psychanalyste à être un peu plus silencieux que dans une conversation ordinaire, afin que le patient « trouve ses propres réponses », comme il se dit parfois. Mais il ne s’agit pas pour autant forcément d’un silence absolu, qui pourrait être angoissant pour l’interlocuteur : dans la « neutralité bienveillante », il n’y a pas que la neutralité, mais aussi la « bienveillance ». Bienveillance qui inscrit la neutralité apparente sur un arrière-fond empathique, et inclut alors la nécessité que le psychologue soit un minimum chaleureux, ou en tout cas pas froid. Du moins, pour ma part, je considère qu'il faut trouver le juste milieu, afin que le patient n'ait ni l'impression de "parler dans le vent", ni l'impression d'être sans cesse interrompu ou contredit. Nous avons presque tous déjà entendu des personnes dire qu'elles avaient arrêté de voir leur psy parce qu'il ne disait rien et que cela les angoissait de ne pas savoir ce qu'il pense. Il y a effectivement eu des périodes où certains psychologues d'inspiration psychanalytique étaient excessivement silencieux, alors que ce ne sont pas tous les patients qui le supportent, cela dépend des gens. Donc cette mode est actuellement en recul, surtout chez les nouvelles générations de psychologues, qui adaptent leur quantité d'intervention en fonction des patients. C'est pourquoi être en retrait n'empêche pas le psychologue de proposer des reformulations, ou d'insister sur un mot que le patient a utilisé, ou de parfois poser des questions, pour aider ceux qui auraient plus de mal à s'exprimer, ou pour les aiguiller, pour indiquer un point plus important. En résumé, un climat de confiance dans la relation thérapeutique est donc aussi important que la neutralité du psychologue/psychanalyste.

 

Comme parler est un acte tellement naturel et spontané qu’on ne sait même plus vraiment ce qu’il implique, ce qu’il modifie en nous, j'ai expliqué un peu plus précisément dans la partie « Pourquoi parler ? » les raisons pour lesquelles cette liberté de parole ne se réduit pas à une simple empathie, mais a des effets plus profonds et plus durables, suffisamment importants pour être le principe sur lequel se base les psychothérapies psychanalytiques.

 


Sigmund Freud (1856-1939)
Sigmund Freud (1856-1939)

Cette liberté de parole permet de comprendre dans quel contexte s’inscrivent les symptômes dont souffre le patient : parfois, il y a des périodes où certains symptômes comme des phobies, des Troubles Obsessionnels Compulsifs (TOC), des maux de dos, de ventre, des insomnies etc., sont accentués, et sans que l'individu ne comprenne pourquoi. Pourquoi, par exemple, a-t-il soudainement peur de sortir dehors ou d’aller dans des grands magasins sans raison apparente, puisqu’il n’a pas subi d’agression?  En y prêtant plus attention, cette personne souffrant d’angoisses peut réaliser que ces symptômes, en apparence isolés, sont en fait survenus suite à des difficultés, comme des deuils, des séparations, des déceptions au niveau professionnel, des problèmes relationnels, etc. Donc l'effondrement suite à la mort d’une simple connaissance ou d’un animal de compagnie peut s’expliquer par le fait que cette mort ravive la douleur de la mort d’un parent ; des compulsions alimentaires peuvent être en lien indirect avec une rupture sentimentale passée qui n’a jamais été  acceptée ; ou de l’agressivité contre tout le monde peut venir d’une ancienne colère non digérée, par exemple. Ce qui suggère qu’il ne faut pas considérer les souffrances actuelles isolément pour les comprendre : elles sont l’expression d’autres difficultés non réglées, qui occasionnent comme une anxiété diffuse, présente en arrière-fond et qui va s’exprimer en se focalisant sur certains points précis. Une peur d’une situation précise peut donc, en réalité, être la façon dont se manifeste un stress plus général. Le lien entre ces souffrances et leur origine est parfois pressenti par le patient. D’autres fois, ce lien entre un symptôme et un passage plus difficile de la vie s’éclaircit progressivement, au fur et à mesure des entretiens avec le psychologue. Ou alors ce lien peut surgir de façon inattendue, lors d'une prise de conscience soudaine, et alors que le patient ne voyait ni le rapport, ni l'intérêt de cette digression qu'il avait fait sans forcément s'en rendre compte. C'est, entre autres, parce que le lien entre les difficultés que traverse le patient et leur cause n’est pas toujours évident que le psychologue ou le psychanalyste laisse ce dernier s'exprimer librement: afin d'avancer à deux dans la compréhension des problèmes, le psychologue doit parfois savoir se laisser guider par les intuitions du patient.

 

Enfin, cette liberté offerte au patient va lui permettre, en exprimant ses opinions, de pouvoir être amené à les reformuler mieux ou à changer d’avis à leur sujet. Contrairement à une thérapie qui agit prioritairement sur le présent et sur les prescriptions d’exercices, le principe d’une psychothérapie psychanalytique est de faire en sorte que jamais le patient ne sorte de séance en ayant le sentiment d’avoir été empêché de s’exprimer sur un point que le psychologue aurait considéré comme une digression par rapport à l'objectif du jour fixé au préalable par lui-même. Alors qu’une thérapie comportementale demandera au patient, par exemple, de compter les quantités d’alcool qu’il a bues dans la semaine et de rapporter ce chiffre en séance, pour en discuter et fixer des objectifs en conséquences, la psychothérapie d’inspiration psychanalytique s'intéresse à l'ensemble de la personnalité. Donc le psychologue ou le psychanalyste considérera que chaque chose que désire dire le patient est importante, à prendre en considération, même si elle n'est, à première vue, pas en rapport avec le trouble précis pour lequel le patient consulte. Donc, reprenant notre exemple, ce n'est pas nécessairement un problème qu'un patient alcoolique sorte de séance sans avoir parlé de sa consommation d'alcool: avoir parlé d'autres choses, d'autres de ses préoccupations peut  le conduire à mieux cerner les problèmes qui se cachent derrière la consommation, ceux qu'il cherche à fuir en buvant (attention: ceci ne veut pas dire qu'une thérapie est en soi meilleure que l'autre: tout dépend des situations, des attentes de chaque patient. Ce qui peut correspondre à l'un et à un moment donné peut ne pas correspondre à un autre).

 

En ce qui concerne le nombre des séances, celui-ci n’est pas fixé à l’avance. Et la décision de ce nombre n’est pas prise de façon unilatérale par le psychologue-psychothérapeute ou le psychanalyste : le nombre des séances sera fixé selon les besoins, selon chaque situation particulière et selon l’avancée de la psychothérapie. En dernière instance, l'avis du patient sera toujours pris en compte : le psychologue peut éventuellement donner son opinion, mais il ne peut pas dire à la place du patient s’il se sent mieux, s’il désire continuer ou non. Le temps qu’il faudra est difficile à prévoir parce qu’il dépend de la vitesse à laquelle le patient et le psychologue/psychanalyste découvriront à deux les liens entre la vie du patient et ses souffrances actuelles. Et les progrès dans cette mise en rapport peuvent parfois amener de nouvelles questions.  

 

Pour en savoir plus sur les psychothérapies d'inspiration psychanalytique, rendez-vous dans l'article "L'utilité de la parole". Et vous pouvez vous rendre dans les "Pourquoi consulter" pour connaitre les principaux motifs pour lesquels des patients consultent généralement.